Standby

Vierge à 30 ans dans la société hypersexuelle / Confessions d'une enfant du siècle

12 décembre 2010

« Est-ce que tu penses à moi avant de t’endormir ? »

La nuit, les femmes seules se contorsionnent dans leur lit vide. Cherchent désespérément mais ne trouvent pas le creux, ni la position. Les yeux comme des puits, le corps écrasant qui refuse de s’évaporer. Et le roulis intérieur, le vacarme dans leur tête, qui les retient à la surface de la terre, à la surface des draps et des couettes. Rigides et hérissées en ronces sous la cotonnade fleurie de leur chemise de nuit, elles perdent le sommeil et la raison.

Le corps radioactif qui ne sait plus comment s’inscrire dans la géométrie et l’espace. Allumer et éteindre l’abat-jour,  la télévision, ses reportages animaliers et ses rediffs de roue de la fortune... ; les chiffres écarlates des heures profondes qui défilent sur le cadran noir lumineux. Le corps clignote, s’affole de ne pas pouvoir disparaître au pays des rêves...
Les ombres et les spectres s’échappent des fissures du plafond et des murs, les démons  surgissent du parquet de leur chambre. Se lever, se recoucher, boire un verre d’eau, la camomille et le lexomil.

L’enfant a besoin du conte merveilleux, de la peluche serrée contre son cœur pour ne plus avoir peur du monstre sous le lit. Le chat s’endort sur les genoux, bercé par la caresse. Et les femmes… Les femmes ont besoin de la présence de l’amour, de l'enlacement, de la masse qui fait poids de l’autre côté du lit et crée l’équilibre. Elles ont besoin de sentir l’Autre près d’elle, avec elle.  Même si ce n’est qu’en pensée, une image, un espoir.
Les paupières n’acceptent de se refermer que sur la certitude ou l’image de l’amour. Le seul capable de verser la potion soyeuse : la dose suffisante de paix et de douceur dans les veines. Le meilleur des tranquillisants, l’anxiolytique le plus puissant.  

« Est-ce que tu penses à moi avant de t’endormir ? ». La question était précise et inattendue.  Impudique. De celui qui sait. Il ne me demandait pas si je rêvais de lui mais si c’était son visage qui m’aidait à rêver. La preuve irréfutable. J’ai nié, il était contrarié… Et c’est alors que j’ai compris que j’étais aussi sa dernière image.

Posté par standby à 14:00 - Histoire d'une éducation sentimentale - Commentaires [31] - Permalien [#]

Commentaires

    Très joli texte, StandBy. Comme d'habitude, serais-je tenté d'ajouter.

    Les femmes ne sont pas les seules à apprécier la simple présence de l'autre. En petite confidence "Entre nous", lorsque je suis en couple, je ne peux trouver le sommeil sans avoir passer quelques instants au préalable en tenant ma compagne dans les bras, en "cuiller". Et la nuit, alors que seul je ne me réveille jamais, il m'arrive souvent d'aller chercher la main de ma compagne et de me rendormir ainsi, rassuré...

    Les hommes et les femmes ne viennent pas de planètes si éloignées finalement...

    Posté par Lancelot, 12 décembre 2010 à 19:09
  • merci Lancelot
    oui tu as raison mais j'ai l'impression que c'est plus symptomatique chez les femmes...

    Posté par standby, 13 décembre 2010 à 17:55
  • Je te l'accorde, c'est une attitude plutôt féminine. ;o)

    Et pourtant, qu'il est doux et agréable de partager ces instants simples de complicité.

    Bon, je m'arrête là sans quoi je vais verser une larme sur mes amours perdus. )

    Posté par Lancelot, 13 décembre 2010 à 19:22
  • Ma fille du même âge que toi ou presque vient de perdre son amoureux. Je croirais l'entendre quand elle m'a téléphoné pour que je vienne à son secours, pour que je l'écoute en passant la nuit à ses côtés. L'amour fait tellement souffrir quand il n'est plus! Et ça rend une mère très triste de voir son enfant si désemparé. pourtant on sait que la vie est loin d'être terminée et qu'elle réserve tellement de surprises. Il faut se laisser aller parfois.

    Posté par Martine, 13 décembre 2010 à 22:38
  • Contente de pouvoir te lire à nouveau et toujours avec autant de plaisir!

    Posté par Nathalie, 14 décembre 2010 à 14:55
  • C'est un texte magnifque, très bien écrit, et qui me parle beaucoup...

    Posté par Magangel, 14 décembre 2010 à 17:35
  • Tout ce temps perdu à ne pas pouvoir dormir qu'on peut donc utiliser pour lire, et écrire...
    Ravi de te "retrouver" un peu.
    Et je confirme, comme Lancelot, le syndrome de l'absence de Guenièvre existe tout aussi bien chez les hommes un brin sensibles.
    Sinon, un amour perdu, c'est masculin, mais des amours perdues, c'est féminin

    Posté par Laurent, 15 décembre 2010 à 16:33
  • bonsoir à toutes et tous, insomniaques ou non, merci de vos messages et contente de vous retrouver aussi
    je vais compléter un peu ce texte en particulier la fin, dés que j'ai un peu de temps.

    J'ai aussi été frappée par une amie qui doit laisser sa télé allumer toute la nuit pour avoir "une présence", lorsque son ami (un homme marié) ne dort pas avec elle...
    Le sommeil est un baromètre très révélateur de notre état intérieur...

    Posté par standby, 15 décembre 2010 à 21:25
  • Merci pour tout cela

    Posté par Badineuse, 16 décembre 2010 à 11:12
  • Standby ! Tu es revenue !... Quelle joie de te lire à nouveau, ta plume est toujours aussi belle.

    Contente de te savoir de retour, je te souhaite une très belle fin d'année.

    Posté par Lady Bird, 18 décembre 2010 à 08:11
  • Bonsoir Standby,
    Je regardais un documentaire sur Arte et j'ai pensé qu'il pourrait peut-être t'intéresser (le passage sur l'asexualité se trouve de la 11ème minute à la 18ème minute environ). Voici le lien de la vidéo en question:
    http://videos.arte.tv/fr/videos/les_dernieres_nouvelles_du_sexe-3591660.html
    J'espère que tu ne passeras pas les fêtes seule cette année

    Posté par Nathalie, 23 décembre 2010 à 00:09
  • Comme Lancelot je crois que la difficulté de s'abandonner - au sommeil et au reste - n'est pas sexuée.
    Je connais des personnes qui n'ont pas de problème de sommeil, qui ont été allaitées et n'ont pas été sevrées brutalement pour "faire leur nuits".
    Ce traumatisme (un psychiatre moderne parlerait de torture) est intimement lié à la séparation violente de la mère et renvoie naturellement à l'Amour.
    Quand le corps n'a pas mesuré (appris) cet amour mère-enfant il ne sais simplement pas ce qu'est l'Amour.
    Il devine son absence, il sent ce qui pourrait être, mais sans preuve aucune - va savoir quand tu sais pas.
    Je crois que c'est également lié à l'abandon à l'orgasme, que très peu de femmes connaissent, et très peu d'hommes également même si ils arrivent toujours à éjaculer ce qui est considéré comme une satisfaction patente.
    Nos sociétés marchandes nous ont volé notre sexe pour nous le vendre, car le sexe est - à mon humble avis - le moteur de toute énergie humaine. Cette démarche plus ou moins consciente (curés, toubibs, psy freudiens et autres gourous) vise à détruire cette énergie vitale dès la naissance par des "méthodes" pour la contrôler, la monétiser, et donner un sens à la puissance des nains despotiques qui nous gouvernent depuis de millénaires.
    Pour des raisons budgétaires l'homme a toujours dormi en famille même si le délire consumériste récent permet de loger chaque riche dans un caisson monoplace avec chauffage central (le rêve de GDF SUEZ ou EDF).
    Il n'est tout simplement pas (encore) inscrit dans nos gênes de dormir seul, de même que nos pieds ne sont pas fait pour marcher dans des chaussures avec voûte plantaire. Nous crevons de devoir consommer des inventions modernes que notre nature ignore.
    Psssssshhhhhhhh
    C'était quoi déjà la question ?
    Faut que je dorme là

    Posté par ppm00, 23 décembre 2010 à 01:46
  • Aussi, notre difficulté à nous abandonner au sommeil ne saurait être due à l'autre qui est absent !
    Aucune de nos difficultés existentielles ne sont d'ailleurs imputables à cet absent qui n'a que le tort d'être absent.
    Tenons debout tout seul, et on verra après, avant d'accuser l'absent de ne pas être là.
    Moi perso, quand j'ai une personne que j'aime dans mon lit cela ne m'aide pas à dormir du tout même si elle dort, je la regarde dormir, et cela me nourrit autant que le sommeil. Du moins c'est ce que j'imagine ...

    Posté par ppm00, 23 décembre 2010 à 01:53
  • Joyeux Noël mamzelle Standby

    Posté par Laurent, 24 décembre 2010 à 15:58
  • merci de vos petits messages et des tes bons voeux Laurent, désolée de n'être pas très réactive, je serre un peu les dents en cette période qui m'est assez douloureuse, ayant de plus traversé des moments familiaux difficiles cette année (expliquant en partie mon silence dernier et qui se prolonge encore hélas, je pensais avoir retrouvé un peu d'énergie mais c'est dur d'encaisser certains comportements de ses propres parents...).

    Posté par standby, 25 décembre 2010 à 20:15
  • Eh oui, il semblerait que rien ne soit jamais aussi simple qu'on le voudrait. Courage mamzelle

    Posté par Laurent, 26 décembre 2010 à 21:04
  • très contente de te lire à nouveau ; j'avais peur que le blog ne soit arrêté sans un mot d'explication. Bon courage à toi et au plaisir de lire encore d'autres billets si finement ciselés.

    Posté par eponine, 27 décembre 2010 à 20:52
  • A toi, Standby, et à toutes les personnes qui se sentent un peu seules en ce 31 décembre : bon réveillon et très belle année 2011 !

    Posté par Lady Bird, 31 décembre 2010 à 17:12
  • hello à toutes et tous,
    petit passage par le blog pour vous souhaiter comme le veut la tradition une bonne et heureuse année ! (c'est bizarre ces simples mots m'écorchent la bouche, je n'arrive pas à appeler mes quelques amis pour leur souhaiter..., toujours bizarre ces réjouissances et euphorie obligatoires... Humeur medium ce soir, pas la cata mais des décisions à prendre, encore et toujours, la vie n'est que cela et c'est épuisant...)

    Posté par standby, 01 janvier 2011 à 21:17
  • Les périodes de Noël n'ont jamais été pour moi des périodes comme l'évènementiel veut nous les faire avaler. C'est le moment d'une euphorie factice et les jours qui suivent le premier janvier sont déprimants et semblent vides. Mais courage, le printemps arrivera et avec lui, nos hormones, celles de l'amour.

    Posté par Martine, 20 janvier 2011 à 17:04
  • Prendre une décision ne devrait pas être épuisant, c'est jouir de la vie, exister.

    C'est l'engagement qui épuise, l'investissement, le calcul d'amortissement ou de retour sur investissement, tout cela épuise, oui.

    Alors essaie de ne pas réfléchir, laisse toi guider juste par l'envie, et hop, c'est pas mortel de toutes manières

    Posté par ppm00, 05 février 2011 à 15:22
  • Ben alors, il n'y a plus rien sur ce blog? Que se passe-t-il? C'est dommage, il provoquait des échanges intéressants...
    Peut-être à bientôt?

    Posté par Martine, 22 mars 2011 à 20:52
  • Pareil que Martine. Je passe assez souvent sur ce blog et j'espère à chaque fois y trouver un nouvel article... Mais rien pour l'instant. Est-ce que tout va bien pour toi ??? Dis-nous stp Standby. Une fidèle lectrice même si elle est silencieuse.

    Posté par eponine, 24 mars 2011 à 20:29
  • J'espère que ce blog est mort de sa belle mort, et que tu n'as pas de regrets. Sinon ce n'est pas très grave, l'important c'est de vivre

    Posté par ppm00, 24 mars 2011 à 23:33
  • bonjour, bonjour !
    non ce blog n'est pas mort !
    je viens de déménager après de longs mois de stress lié à différents pbs (juridiques et familiaux) que j'avais évoqués en filigrane ds mes commentaires. Ajouté à mes difficultés sentimentales, ça faisait un peu beaucoup pour puiser ensuite l'énergie nécessaire à l'écriture.
    Je pense à ce blog tous les jours et il me tarde de pouvoir m'y remettre, poursuivre ma réflexion, mon introspection.
    Je pense que mon esprit va bientôt redevenir disponible pour cela, alors que je me dégage peu à peu de la tourmente ds laquelle je me trouvais, enncore qques démarches administratives et ça devrait être bon.
    j'en aurais des choses à raconter !
    (rien de palpitant comme toujours

    avec toutes mes amitiés fidèles amis standbyens

    Posté par standby, 25 mars 2011 à 19:10
  • Que voilà une bonne nouvelle. Pour tous ceux qui attendent sans savoir si vous avez écrit: on peut s'aboner au flux RSS et ainsi être prévenu d'un nouveau post, dans sa messagerie ou alors en consultant les flux

    Posté par Martine, 25 mars 2011 à 21:11
  • Heureuse de voir que tu n'as pas l'intention de mettre un terme à ton blog! En attendant de te relire, je te souhaite bon courage dans tes dernières démarches administratives

    Posté par Nathalie, 26 mars 2011 à 23:03
  • Ouf tu es toujours là, Standby ! Très heureuse de l'apprendre. Au plaisir de te relire bientôt, ta plume me manque !

    Posté par Lady Bird, 01 avril 2011 à 19:38
  • Bonsoir Standby,
    Je me lasse de ne rien avoir à lire par ici... Tu te fais désirer, décidément...
    A bientôt

    Posté par Goodbye C., 25 avril 2011 à 01:27
  • Une belle écriture, que je découvre ici. Au plaisir.

    Posté par Lorka, 09 juin 2011 à 01:15
  • merci

    merci. legum.org

    Posté par henrihartzenberg, 13 septembre 2012 à 18:14

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