Standby

Vierge à 30 ans dans la société hypersexuelle / Confessions d'une enfant du siècle

22 juin 2011

Aimer... autrement

Pas encore un "retour" officiel en écriture et je le regrette mais quelques nouvelles...
Je vis depuis presque 1 an beaucoup de bouleversements comme je vous l'ai glissé en commentaire.
Ces dernières semaines, je vis quelque chose d'inattendu, de triste et de beau à la fois, avec celui dont je vous ai déjà beaucoup parlé.
Nous avons pu enfin nous rapprocher mais...

J'essaie de vous raconter tout ça bientôt en y mettant les formes.
Sachez que je ne vous oublie pas en tout cas,

Amicalement,

Standby

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12 décembre 2010

« Est-ce que tu penses à moi avant de t’endormir ? »

La nuit, les femmes seules se contorsionnent dans leur lit vide. Cherchent désespérément mais ne trouvent pas le creux, ni la position. Les yeux comme des puits, le corps écrasant qui refuse de s’évaporer. Et le roulis intérieur, le vacarme dans leur tête, qui les retient à la surface de la terre, à la surface des draps et des couettes. Rigides et hérissées en ronces sous la cotonnade fleurie de leur chemise de nuit, elles perdent le sommeil et la raison.

Le corps radioactif qui ne sait plus comment s’inscrire dans la géométrie et l’espace. Allumer et éteindre l’abat-jour,  la télévision, ses reportages animaliers et ses rediffs de roue de la fortune... ; les chiffres écarlates des heures profondes qui défilent sur le cadran noir lumineux. Le corps clignote, s’affole de ne pas pouvoir disparaître au pays des rêves...
Les ombres et les spectres s’échappent des fissures du plafond et des murs, les démons  surgissent du parquet de leur chambre. Se lever, se recoucher, boire un verre d’eau, la camomille et le lexomil.

L’enfant a besoin du conte merveilleux, de la peluche serrée contre son cœur pour ne plus avoir peur du monstre sous le lit. Le chat s’endort sur les genoux, bercé par la caresse. Et les femmes… Les femmes ont besoin de la présence de l’amour, de l'enlacement, de la masse qui fait poids de l’autre côté du lit et crée l’équilibre. Elles ont besoin de sentir l’Autre près d’elle, avec elle.  Même si ce n’est qu’en pensée, une image, un espoir.
Les paupières n’acceptent de se refermer que sur la certitude ou l’image de l’amour. Le seul capable de verser la potion soyeuse : la dose suffisante de paix et de douceur dans les veines. Le meilleur des tranquillisants, l’anxiolytique le plus puissant.  

« Est-ce que tu penses à moi avant de t’endormir ? ». La question était précise et inattendue.  Impudique. De celui qui sait. Il ne me demandait pas si je rêvais de lui mais si c’était son visage qui m’aidait à rêver. La preuve irréfutable. J’ai nié, il était contrarié… Et c’est alors que j’ai compris que j’étais aussi sa dernière image.

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09 août 2010

"Le coeur est un chasseur solitaire" (2/2)

Près de quinze ans plus tard, je n’ai pas beaucoup évolué…
L’adolescente obsessionnelle et murée est devenue une femme « encore jeune », qui parvient tout juste à établir les premiers contacts, à exprimer ses sentiments, à accepter l’idée d’attirance. Au moins verbalement.
Mais cette richesse de l’Autre, la connaissance profonde de toutes les strates d’un être : cette sphère intime si passionnante et privilégiée me reste encore hors d’atteinte.
Parfois je l’effleure, j’y suis admise provisoirement, par inadvertance…, avant d’être rejetée brutalement. Interdite sans le sésame sexuel. Il n’y aura pas de don de l’âme sans don du corps. Je suis condamnée à assouvir ma soif de l’Autre, sans partage. L’espace temps qui me sépare du prochain message, appel, rendez-vous est toujours plus pesant, écrasant, infini... Ce vide qui s’étire, se dilate douloureusement. Et qu’il faut remplir. Agiter et animer, même artificiellement, les eaux stagnantes de cette relation croupissante. Je me livre encore et toujours à ce travail obscur de violation de vie privée, de jardin secret. Exploitation de données personnelles sans autorisation de la CNIL ni respect de la loi « informatique et libertés »…

Découvrir dans les souterrains ce qu’Il me refuse au grand jour. Apaiser cette brûlure de l’absence et du silence en fouillant sans vergogne ses tiroirs et ses poches on line.
Je « googlise » son nom, son prénom. Elémentaire. Quelques réseaux sociaux me fournissent les premières pièces du puzzle, parcours scolaire, nom des établissements (huppés), la liste de ses films, ses playlist… Je regarde les photos de ses vacances sur une plage à Malaga, de bandes d’amis qui sourient sur un rocher ou la terrasse d’un café. Des barbecues. Des « délires »…

J’essaie de m’infiltrer, de contourner les obstacles des paramètres de confidentialité.
Après le profil officiel, j’attaque plus sournoisement en saisissant ses e-mails comme mots clés, cherchant à découvrir un éventuel pseudo. J’essaie toutes les combinaisons avec ou sans espace, avec le prénom, le lieu de localisation… Jusqu’à déterrer la mine, le gisement miraculeux : les forums qu’il fréquente. Des centaines de posts à explorer qui viendront compenser tous les messages qu’il ne m’envoie pas…
Je crains de tomber sur des sites scabreux, des combinaisons en latex, des cravaches…
Mais rien de tout cela. Téléphone mobile, consoles de jeux vidéos… : mes yeux avides et perplexes butinent le nectar de ses messages ésotériques à base de terminaux, systèmes d’exploitation,  configs, options « full », émulateurs et réseaux… Je m’amuse de ses interrogations pour « retourner au vaisseau » ou sur « la taille des boulets ». Ce monde masculin où l’on s’émerveille de tirer sur des ennemis, vaincre, combattre… tuer. J’ingurgite toutes ces données techniques avec le même enthousiasme que s’il s’agissait de mots d'amour. Et m’étonne de cette âme de « geek » que je ne soupçonnais pas…
Grâce à la magie (noire) de la toile qui conserve toutes nos traces, je récolte aussi ses messages d’étudiant, revente de places de concert (qu’il se dit prêt aussi à échanger contre « une fille facile » à l’occasion…), travaux de fac, plainte contre une agence de voyage peu scrupuleuse. Sa naïveté émouvante…

Il est aussi membre fidèle d’une étrange communauté internationale passionnée d’art de vivre et de « fashion ». Plus proche de l’image que j’en avais, je découvre ses connaissances pointues des créateurs dont je n’avais jamais entendu le nom auparavant. Ses recherches de vestes en cuir, boots, costumes, d’adresses de luxe à New-York, Milan…, ses analyses détaillées et précises – en anglais- sur les coupes, couleurs et qualité des matières…  Le « guerrier » se révèle ici plus coquette qu’une midinette shopping-addict, qui compare ses looks du jour (tout de noir ou de gris à la beauté spectrale et austère), photos à l’appui, parsemés de smileys roulant des yeux, rougissant ou hilare et même de fleurettes, avec ses cybers-amis.
Au fil des discussions, ses sarcasmes et son snobisme, personnage auquel il aime jouer, agacent ses pairs malgré ses interventions brillantes.
Alors qu’il est si avare en mots avec moi, il s’avère ici bavard et prompt au commentaire prolixe.

Mais le meilleur reste à venir : son blog. Pas un journal intime malheureusement, mais ses photos qu’il publie. Il m’avait parlé –trop brièvement - de cette passion, sans mentionner l’existence  de cette adresse ni me montrer son œuvre…
Aujourd’hui tout le monde fait de la photo (ou écrit un livre). Je ne compte plus les collègues, amies ou leurs maris photographes amateurs qui se ruinent en focales et autres objectifs perfectionnés, dévorent les revues techniques et exhibent leurs joujous à la moindre sortie…
L’orgueil de poser SON œil sur le monde, livrer SON regard et espérer susciter l’admiration, exposer, se faire remarquer… La crise du « J’aurais voulu être un artiste » le w-e avant de retrouver leur tailleur et leur cravate, les dossiers ennuyeux le lundi. Des clichés qu’ils entassent sur leur disque dur et qu’ils n’ouvrent plus jamais ensuite.

Ses images défilent devant moi et je découvre le monde qui l’entoure, le monde comme il le voit. Voir avec ses yeux. En noir et blanc ses rencontres de hasard dans la rue : hommes aux mines cocasses, étranges ou dévastées, des femmes en trench serrant leur sac à main contre elle (ce qui l’intrigue beaucoup apparemment), soucieuse ou pressée, des minets gominés frimant dans leur décapotable, des enfants construisant des châteaux de sable face à l’océan ou tirés par leur mère, boudeurs…
Et puis surtout, contre toute attente,… des couples, des « amoureux ». Des baisers volés sur un banc de parc, une étreinte sur le pont des arts, des corps enlacés, des visages, des cheveux entremêlés, des mains, des lèvres scellées, partout dans la ville. Pudique. Délicat. Terriblement romantique…
Et la créature flasque et rose qui ne peut s’empêcher de se contracter, de pratiquer l’une de ses petites convulsions douloureuses trop familières. Son cynisme à Noël où il me déclarait être « célibataire par principe », se moquant de l’amour avec ses « petits cœurs »… "On ne recherche pas la même chose..."

Je ferme les écrans, les interfaces, cette boule de cristal qui m’a révélé ses secrets.
Le plaisir âcre et acide de
tout savoir de lui ou presque. Pourtant, nous ne nous parlons plus depuis bientôt 2 mois…

(texte correspondant à la période mars-avril 2010)

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28 juillet 2010

"Le coeur est un chasseur solitaire" (1/2)

Je n’ai vécu l’amour que dans un état d’attente fébrile et dévorant. Attendre et nécessité aiguë de combler l’attente. Par le fantasme romantique, le rêve… Deux pis aller qui n’en restent pas moins consommateurs de ressources, de « matière à imaginer, à broder »... Alors pour les nourrir, je suis devenue, à l’adolescence, une spécialiste de l’espionnage et de l’investigation amoureux. Répondre moi-même à toutes ces questions que je n’aurais jamais osé Lui demander. Ces choses que les couples se confient naturellement au gré de leur relation, je devais les voler.

Une quête obsessionnelle aussi jouissive (la joie victorieuse de toute nouvelle trouvaille aussi minime soit-elle) que douloureuse (le pathétique et le sordide de cette accumulation dans l’ombre ne menant à rien).
Je n’ai jamais été « fan » d’un quelconque chanteur ou acteur mais j’ai voué des cultes –clandestins- aussi violents que disproportionnés à des inconnus de la cour du lycée (puis plus tard à des rencontres éphémères).
Mais contrairement à la groupie d’une célébrité, ma tâche était plus compliquée, n’ayant pas à disposition ces magazines colorés et bruyants délivrant sur un plateau les précieuses denrées de cette vie par procuration : biographie, actualité, derniers potins et surtout les fameux posters à tapisser sa chambre et à aduler béatement chaque soir avant de s’endormir.
Je ne pouvais compter que sur moi-même pour alimenter ma vénération, avec les très maigres moyens d’une lycéenne renfermée et complexée (mais néanmoins motivée à l’extrême et n’ayant aucun autre but à sa vie, ce qui constitue deux atouts redoutables).

Tout commençait par trouver la classe, le prénom et le nom puis, une fois ces éléments de base acquis (et vidés de leur sève fantasmatique, avec accolade de son nom de famille à mon prénom), je pouvais encore me rabattre sur quelques données accessibles telles que l’emploi du temps avidement recopié dans les cahiers scolaires dérobés aux casiers du secrétariat, sa date de naissance consignée sur la liste d’appel des élèves (me délectant au passage de la vision de son nom inscrit noir sur blanc).

Le premier me permettait de l’accompagner en pensée dans les différentes cases découpant sa journée, m’immerger dans son état d’esprit selon les cours scientifiques ou littéraires, les horaires chargés ou non. Le situer géographiquement, mesurer sa proximité physique et me placer éventuellement sur son chemin, dans le couloir qu’il devait emprunter (les jours de grande audace… ou de désespoir ), en n’osant jamais bien sûr lever les yeux vers lui (et en lui restant parfaitement invisible). Ce que Lorie a immortalisé quelques années plus tard dans son hymne rose bonbon pour toutes les malheureuses enamourées des préaux : « Tous les jours c'est la même chose / Il passe à côté de moi / Alors je vois la vie en rose / Mais je suppose qu'il ne me regarde pas ! »
Petit pouvoir illusoire de maîtrise et de contrôle du hasard.

La date de naissance renseignait sur le signe astrologique et offrait de nombreuses possibilités d’extrapolation (allant du descriptif de sa personnalité à sa compatibilité avec mon propre signe, complété du suivi des horoscopes respectifs au quotidien).

Les jours de congé, je trompais l’absence en recherchant son numéro de téléphone et son adresse dans l’annuaire. Je m’abîmais une fois de plus dans la contemplation émue de ses coordonnées et de son patronyme, compulsant régulièrement les pages fines à l’encre noire baveuse de la bible télécom pour les relire encore et encore.
Et lorsque cela ne suffisait plus, je m’enhardissais en composant, fébrile, les chiffres magiques sur le cadran du gros téléphone écru à fil en spirale que j’entortillais entre mes doigts crispés. Les sonneries martelaient leur compte à rebours fatal jusqu’à ce que retentisse un « Allo ? », d’une voix fraîchement muée ou bien celle plus rocailleuse d’un père ou encore douce et maternelle.
La sienne ou celle d’un membre de sa famille, tout était bon à prendre du moment qu’elle était reliée à Lui.  Un « Allo ? » qu’il fallait savourer vite et bien, avant de raccrocher promptement, tremblante, honteuse. Et désespérément impuissante, pétrifiée dans ma peur de l'Autre.
J’essayais ensuite de me le représenter dans sa chambre ou le salon, le front penché sur ses devoirs ou avachi devant une série TV, à table pour le dîner familial, au seul timbre de ces « Allos ? » soigneusement enregistrés dans ma mémoire auditive. Enfin, je m’aventurais parfois dans son quartier, avide de découvrir la façade de sa maison, son immeuble, peut-être la fenêtre de sa chambre, afin de fournir un décor plus concret à mes rêveries, marcher sur ses pas, refaire ses trajets comme autant de pèlerinages.

A cette époque ni Google, Facebook ou MSN, commentaires, changements de statuts ou listes d’amis n’existaient. Il fallait se contenter de peu pour cultiver sa vie virtuelle et ses cristallisations ! 15 ans plus tard, nous avons à notre disposition un arsenal riche pour abreuver sa soif de l’Autre sans jamais communiquer avec lui ni même le voir…
Heureusement que je n’ai pas connu ces armes de destruction massive à 16 ans.

(suite à venir...)

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11 juillet 2010

70% de cacao

Les saisons continuent de me passer dessus , poursuivant leur cycle éternel de glaciation et de réchauffement climatique, de floraison et de pourrissement. S’éteindre et renaître encore et toujours. Immuable ronde météorologique qui rythme nos vies et nos états d’âme. Assise sur le banc d’un jardin public ensoleillé, je déjeune d’une tablette de chocolat, les yeux perdus dans le spectacle de la population active qui s’éparpille dans les grands magasins, devant les comptoirs de vente à emporter, se hâte de profiter de la petite heure de liberté accordée par le grand capital. Les premiers bras, jambes commencent à se dévoiler, provoquant leur choc sensuel de « peau nue » sur les nerfs optiques sensibles des hommes.

Je croque méthodiquement et mélancoliquement, carré après carré de « grand chocolat intense 70% de cacao ». Tout en lisant avec application le descriptif de l’emballage,  me laissant volontiers hypnotiser par ses formules marketing qui enrobent d’un beau poème exotique, l’affreuse infraction nutritionnelle. Occulter les « 559 kcal pour 100g » dont « 26.6g de lipides saturées » (celles qui font grimper le taux de mauvais cholestérol) par « l’harmonie subtile entre des notes cacaotées intenses et des arômes fruités typiques des meilleurs fèves d’Equateur et d’Afrique de l’Ouest ».

Je me laisse bercer par ces images de paysages lointains et purs, ces promesses d’un monde « fondant », « puissant » et « onctueux »… Tous ces mots clé savamment choisis après une batterie de tests sur les panels de consommateurs et de brainstormings acharnés d’agences de pub.
Tous ces mots enivrants qui m’empêchent de culpabiliser de ne pas suivre la règle des 5 fruits et 5 légumes par jour et d’ajouter quelques centimètres à mon tour de taille, alors que les couvertures des magazines nous exhortent à mincir pour entrer dans son maillot cet été. Je n’engraisse pas, je voyage. En Afrique, en Amérique du Sud. Aux pays des meilleures fèves de cacao.
Je me rassure aussi en me remémorant toutes ses vertus « médicales », sources de sérotonine, d’endorphines et de magnésium, autant de belles excuses…

Cette tablette de chocolat présente une particularité : l’inclinaison ergonomique en vaguelettes de ses carrés censée « exalter l’intensité aromatique ». La publicité qui a parfaitement rempli sa mission de message subliminal sur ma personne, avait pour slogan : « La nouvelle forme du plaisir ».
Métaphore « subtile » s’il en est…
Le chocolat est de tout temps considéré comme un ingrédient aphrodisiaque, en particulier chez les femmes. Je ne sais pas pourquoi le palais féminin est si sensible au sucré en général.
Mais pour une fois, j’entre parfaitement dans cette « norme », incapable de résister à la tentation de ce plaisir brun et voluptueux. Des études très sérieuses (on trouve des études sur à peu près tout de nos jours) ont même révélé que 52% des femmes préfèreraient, à choisir, ce précieux met au sexe…, suscitant un petit scandale amusé. Me passer du second ne me pose aucun problème tandis que je n’envisage pas de renoncer au premier ! Les américaines semblent plus portées sur la crème glacée pour endurer les peines de cœur. Les séries ne manquent jamais la traditionnelle scène du gigantesque pot de vanille, chocolat et caramel surmontés de pépites et noix de pécan…, dans lequel les malheureuses armées de grandes cuillères piochent à même l’emballage en pleurnichant sur leur divan.

La substance euphorisante continue de cheminer le long de mes papilles jusqu'à mes synapses avant que l’excès ne finisse par peser lourdement sur mon estomac comme un rocher lancé au fond d’un puits. La petite drogue ne fait plus effet ; je ne suis plus qu’une grosse vache qui s’empiffre pour compenser le manque d'amour et l’angoisse. Food is not love... Les vapeurs marketing ne font plus illusion. Le ciel s’est assombri, repeignant de son gris sale et morose les visages et les rues. La tablette est vide, aucun message ne clignote sur l’écran du téléphone et il faut retourner au bureau, tenter d’accorder de l’importance au développement du capital.

Tenter de ne pas penser au vide qui forme de nouveau un étau compact autour du corps et du cœur. Tenter de ne pas penser à sa distance soudaine, sans préavis après ses efforts pour me téléphoner, « faire la conversation », se dévoiler malgré ses réticences. Son cercle d’amis du lycée qui se délite sous l’effet des couples qui passent en CDI et des premières poussettes… Le sentiment de solitude qu’il n’avoue pas, son tiraillement que je sens entre suivre le mouvement, appartenir à cette caste là, ne pas se retrouver exclu et sa farouche envie de liberté, de ne pas « jouer au papa et à la maman » comme il m’en avait prévenu. Et puis cette bague à son doigt que j'avais remarqué, le cadeau d'une ex dont il s'est rendu compte qu'il était "fou amoureux" après l'avoir quittée. "Fou amoureux", l'aveu, violent, m'assourdit, me fait trembler, de jalousie et d'émerveillement. Pourrait-il un jour l'être de moi ?

« D’habitude c’est moi qui pose les questions. » s’est-il interrompu soudain, regrettant ses confidences révélant sa vulnérabilité, cet accroc à son costume  désinvolte et sarcastique, de "celui qui ne s'attache pas, qui ne tombe pas amoureux".
Je l’écoutais avide, passionnée, persuadée que cette fois le processus était enclenché, le point d’ancrage acquis. Pour de bon. J'étais devenue un être et non plus un corps parmi l'océan des possibles.

Mais la porte s'est refermée, une fois de plus brutalement… Plus d’aimables babillages, il faut consommer. L'impératif le rattrape et aucun argument ne pourra lui résister.

« On se reverra lorsqu’on pourra être amis. Ce sera mieux pour toi comme pour moi ». Ces oxymores qui ne veulent rien dire (être ami supposant de se voir, ce que je lui fais remarquer, il ne répond pas…). J’ai compris sa contradiction. Il ne peut pas m’offrir cette amitié de préliminaires. Il ne peut pas attendre. Et moi impuissante, je ne peux pas le satisfaire.

Alors je croque du chocolat …

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16 mai 2010

Une (certaine) amitié

Harry: You realise of course that we can never be friends.
Sally: Why not?
Harry: What I'm saying is... and this is not a come-on in any way, shape or
form, is that men and women can't be friends because the sex part always gets
in the way.
» (extrait : When Harry met Sally")

Il vaut mieux « s’en tenir à des perspectives amicales ». Je souris à sa petite vengeance, sa perfidie touchante d’enfant orgueilleux. Il veut me montrer que c’est toujours lui qui tient les rênes, renverser les rôles, ce n’est pas lui "l’éconduit" mais moi. Et c’est ainsi que je l’aime. En seigneur.
J’entre bien volontiers dans sa petite comédie d’ami désolé et joue les déçues. C’est probablement ce qui pouvait m’arriver de mieux. Feindre l’amitié et gagner des paniers garnis de temps supplémentaire sans pression, puisque garantis sous le rassurant et inoffensif sceau du « purement amical ». Poursuivre tranquillement ma découverte, mon exploration de son être, recueillir ses confidences, ses états d’âme, lui confier les miens… Jusqu’à peut-être, je l’espère, la certitude, la sensation de l’attirance, de l’élan du corps que je sais déjà réciproque. Et si elle n’advenait pas, il n’y aurait pas de gêne ni de culpabilité puisque nous sommes censés être deux simples amis… Oui, c’est vraiment la situation parfaite, les conditions les plus confortables.

En 1989 est sorti sur grand écran une histoire fantastique qui allait marquer l’histoire des comédies romantiques et de façon plus générale du cinéma. Une histoire qui allait tout particulièrement me marquer, m’enchanter, me faire rêver. Une histoire que je ne cesse de vouloir vivre. Aussi utopique soit-elle…
Celle d’un homme et d’une femme qui se croisent, s’éloignent puis se retrouvent et commencent à tisser une complicité unique presque malgré eux. Il y a Harry, le tombeur insolent et désinvolte qui enchaîne les petites amies (et ne croit farouchement pas à l’amitié homme-femme) et Sally, la girl next door, un peu coincée, midinette sur les bords, aussi charmante que naïve (mais qui clouera tout de même le bec fanfaron d’Harry lors de la fameuse scène du "fake orgasm"). Il y a leurs grands impers beiges (et les chapeaux de Sally) dans les rues de New York, leurs conversations interminables au téléphone le soir au lit, en regardant et commentant le même film – Casablanca- à distance, les taquineries, le karaoké improvisé dans un magasin, la junk food dont on s'empiffre dans les drugstores, les promenades dans Central park sous les flamboyants ormes dorés et ambrés. Cette collection de bons moments qui dépasse la pure attraction physique.
Harry qui consomme les femmes sans scrupules regarde pour la première fois une femme autrement que comme une proie mais comme un être-humain à part entière. Il aime être avec elle, pour le simple plaisir de sa présence, sa personnalité, ce qu’elle est. Il fait attention à elle. Sans « contrepartie », sans autre attente. C’est ce qui me plait tant dans ce film (emblématique des DVDs de célibataire désespérée).

La scène finale de la déclaration d’amour lors du réveillon de fin d’année, est sans doute la plus belle jamais faite, parce qu'elle reprend justement toute l'essence de leur amitié : "I love that you get cold when it's 71 degrees out. I love that it takes you an hour and a half to order a sandwich. I love that you get a little crinkle above your nose when you're looking at me like I'm nuts. I love that after I spend the day with you, I can still smell your perfume on my clothes. And I love that you are the last person I want to talk to before I go to sleep at night. And it's not because I'm lonely, and it's not because it's New Year's Eve. I came here tonight because when you realize you want to spend the rest of your life with somebody, you want the rest of your life to start as soon as possible."

Il y a la bienveillance et la tendresse, le respect puis… l’amour. Ce film exprime ce qui m’apparaît comme mon idéal amoureux : la découverte et ces avancées reptiliennes de l'un vers l’autre dans une amitié ambigüe. Ce n’est pas une amitié platonique, c’est une amitié de séduction, un jeu doux et subtil. Apprendre à aimer en prenant le temps de se connaître, sans que cela ne soit un enjeu, un ultimatum. Qu’un homme accepte de réfréner ses instincts sexuels m’apparaît comme la plus sublime des preuves d’amour. Mais de l’aveu même des scénaristes de « When Harry met Sally », ce genre de relation a peu de chances d’exister dans la réalité et serait même vouée à l’échec… Un mythe s’effondre. La trahison ultime, celle des auteurs qui ne croient pas à leur propre histoire…

Certains couples se forment sans préambule, en se jetant l’un sur l’autre au cours d’une soirée arrosée, mais moi, j’ai besoin de préambule, de préludes et de préliminaires... De tout ce chemin qui me mènera jusqu'à bonne destination cette fois-ci je l'espère...

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04 mai 2010

Perspectives

Le jour de Noël s’égrène paisiblement, dans une retraite cotonneuse et feutrée, ponctuée de vœux téléphoniques mécaniquement souhaités par devoir familial. Aucun signe de Lui ne m’est parvenu depuis notre soirée qui commence déjà à s’éloigner, à devenir l’un de ces paysages rapetissant et s’estompant au fur et à mesure que l’avion prend de l’altitude, la voiture de la distance… Aucune petite pensée électronique qui comble l’absence et rappelle l’attachement, n’a égayé mes heures austères, mais ma sérénité demeure, solide et convaincue.

Son silence m’est familier. Je sais qu’il n’est pas synonyme d’indifférence ou de rejet mais avant tout d’orgueil (sans doute un peu blessé par le baiser refusé, ma main qui n’a pas voulu s’incurver dans la sienne…) et sa volonté enfantine de vouloir « me dominer », comme il m’en a fait l’aveu maladroitement. Un rôle que j’endosse volontiers, m’y sentant plus à l’aise, laissant plus d’espace à mon désir pour s’installer : être celle qui quémande –en sachant que l’autre y est réceptif-  sans être écrasée par le désir de l’autre. Un désir qui doit rester discret, suggéré plus que martelé, pour ne pas faire disparaître le mien.

Cela ne me gêne pas d’être la première à me manifester, à dire le manque, le goût de lui pendant cette soirée. Ce petit message qui déterminera la suite de notre histoire si fantomatique.
Sans marque physique prouvant l’intérêt, je n’ai que mes mots pour tenter de le convaincre. De le convaincre de quoi… ? N’ayant moi-même aucune certitude, je ne peux lui faire aucune promesse, mais seulement l'implorer de ne pas m’abandonner…

Alors j’ai façonné ces phrases émergées de la nébuleuse, du bric à brac de mes contradictions, qui disent sans dire. Ces phrases à l’encre sympathique qui se lisent entre les lignes. Un peu d’humour, un ton badin…
J’ai écrit ce message qui ne contenait pas les mots passionnés qu’il attendait et que j’aurais aimé écrire si j’avais pu les ressentir... J’ai écrit cette prière pour avoir encore une rallonge, des délais supplémentaires, ce précieux temps pour le connaître encore, me rapprocher, qu’il ne s’impatiente pas, qu’il ne se lasse pas. J’ai écrit cette prière pour que nos êtres puissent se lier plus profondément avant que nos corps ne les suivent éventuellement.

Quelques heures plus tard, son verdict flotte dans ma messagerie...
Un message détaché, posé -et pesé- presque professionnel… bien loin de ses empressements fiévreux de la veille…
Je suis une « fille pétillante et sympathique ».
Oui, on pourra se revoir pour prendre un verre, aller au ciné…
Mais… « il vaut mieux s'en tenir à des perspectives purement amicales »

(Sourire)

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24 avril 2010

« Love is a process, not an event » (3)

En dépit des apparences pitoyables, je me sens donc bien dans mon cocon familier.
Loin de ces traditions réglementaires que j’ai décidé de ne plus m’infliger. En état de flottement peuplé de réminiscences de son visage, sa voix, ses regards, sourires, attitudes…,, je suis ailleurs, entièrement habitée, bercée par ces doux souvenirs si réconfortants et apaisants. Ils sont le feu auprès duquel je me réchaufferai contre l’adversité, l’hostilité et les grimaces effrayantes de la réalité.

Pourtant je me sens rassasiée de lui... Et la seule envie qui me taraude désormais n'est pas de le revoir au plus vite ou de l'appeler mais de… travailler. M’adonner avec ardeur à la tâche, ce que je maîtrise, cette glaise qui veut bien m’obéir, prendre la forme que je souhaite lui donner. Profiter de l’accalmie, de cette pause dans le monde des humains, pour me concentrer, planifier, produire et développer. Mon plus fidèle et puissant remède contre les fumées toxiques de l’angoisse ou  de l’ennui.  La potion qui me (re)donne un peu d’adhérence, de goût à la vie, d’équilibre après le chahut du dehors.

Galvanisée et l'esprit luminescent, miroitant, je ne souhaite rien d’autre en cet instant.
Un enthousiasme teinté d’un peu d’effroi en réalisant qu’une fois de plus rien ne réussit à me détourner de cet éternel refuge aussi bienfaisant qu'aliénant. Ne puis-je m’épanouir que par les créations et mécanismes autarciques de mon esprit ? N’y-a-t-il rien d’autre qui puisse m’apporter plaisir et  satisfaction, me passionner autant ? N’y-a-t-il rien ni personne qui puisse m’en éloigner ?

C’est toujours dans la solitude, aussi glaciale soit-elle, que je touche à la plus grande plénitude, celle d’être complètement en phase avec mes aspirations, et non pas hérissée, froissée, abîmée par des voix discordantes, toutes ces collisions extérieures. Le contact aux autres s'avère toujours, plus ou moins, comme une dépossession de mon être, un dépouillement insidieux et douloureux. Il me faut ensuite du temps pour me ressourcer, me reconstituer avant de pouvoir de nouveau le subir, même s’il m’est aussi paradoxalement indispensable. 

Je cherche inlassablement ce ou ces visages qui seront un écho consolidant à ma propre nature, qui me donneront l’impression de m’enrichir et non de me détruire. Je ne crois définitivement pas à ce principe d'attraction des opposés, à moins d’une opposition symétrique comme celle du reflet d’un miroir.  Une correspondance, une reconnaissance de l’Autre comme partie de soi, résonnante ou complémentaire, en harmonie.

Avec Lui, je me sens encore en lutte, nos points de convergence tâtonnent et hésitent à s’assembler. Mais ils sont là, bel et bien là, et c’est ce qui entretient mon espoir qu’il pourrait être celui avec qui…  Même s’il faudra encore du temps, d’exploration, d’apprivoisement, d’appropriation intérieure et extérieure, de distances qui s’amenuiseront progressivement…
J'ai besoin de son absence pour le retrouver, d'une abstraction, mais c'est probablement aussi qu'il n'exerce pas encore une force d'attraction suffisante.
L’amour n’est pas (toujours) un instant de foudroiement, une révélation subite, comme les histoires nous le font croire mais plus souvent un processus aboutissant à…

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19 avril 2010

« Love is a process, not an event » (2)

En ce jour de Noël, l’œil extérieur qui contemplerait le tableau que j’offre serait sans doute pris de pitié ou de sarcasme par son pathétisme aigu : une femme au brushing froissé en voie de mèches folles et éparses, ensevelie sous différentes strates de lainages et textiles divers et informes, pelotonnée sous un monticule d’édredons et de couvertures, fixe un écran d’ordinateur portable pour tout compagnon de réveillon.

Un deuxième écran en arrière-plan crache ses films à base de traîneaux tirés par des rennes (parlant), de dialogues sur un toit près d’une cheminée fumante, ses émissions clinquantes de présentateurs et bimbos en smoking et robes bustier satinés.
Sur le parquet, un plateau maculé de miettes et d’emballages usagés, où gisent un yaourt nature au bifidus actif et un sachet de chips barbecue en guise de festin.
Le cliché mordant de l’ultra-moderne solitude.

Dehors, les retardataires se pressent d’emplir leurs caddys des derniers « médaillon de bloc de foie gras de canard aux pommes et au pain d'épices », de « chapon farci aux cèpes, truffes et porto »,  de « bûche pâtissière au coeur de compotées mangue-passion et fruits rouges, et sa mousse mascarpone », « d'abricots balsamiques »…. L’industrie agro-alimentaire comble de ses titres alléchants et exotiques, les aspirations à l’originalité de la parfaite hôtesse de maison dynamique et créative. Sous des guirlandes et des banderoles multicolores, des caissières épuisées font carillonner, sous leurs bonnets rouges bordés de fourrure blanche et de petites lumières clignotantes, les cloches modernes de cette fête sacrée : le bip-bip des codes-barres. Sur un ton mécanique et triste, elles lancent un « Joyeux noël » après chaque encaissement.

Noël, cette fête qu’il est héroïque d’apprécier après l'âge de 10 ans… Ce drôle de cirque dont je ne sais plus vraiment quoi penser…, sans pour autant faire partie de la faune des « anti » qui se conforte (et se rassure) dans la détestation primaire de l’évènement familial –et commercial- culminant de fin d’année. Ce symbole d’amour et de paix aussi factice qu’improbable mais auquel on s’efforce tout de même d’adhérer dans un grand élan collectif et de conditionnement de plusieurs semaines de l’avant.
Au fond de moi, j’aimerais bien me perdre aussi dans ces réjouissances insouciantes et insensées, retomber en enfance, faire semblant le temps d’une veillée, d’une journée hors du temps si j’avais un port d’attache accueillant, une famille merveilleuse et aimante… Mais cela fait longtemps que je n’ai plus les réserves d’énergie suffisantes pour m’asseoir à la même table que mon père et revivre en sourdine tous ces repas du passé, ces tragédies sous le sapin. Oublier et prétendre que cela n’a plus d’importance : impossible... malgré ses efforts –maladroits- pour tisser de nouveaux liens, les prières incessantes de ma mère, la louve blessée qui n’a toujours pas renoncé à ses rêves de famille unie de petite maison dans la prairie. 

Il incarne et incarnera toujours la figure de tant de maux, de peurs, de haine, de rage, de dégoût, de honte. La seule vision de son visage si froid et fermé, sa brusquerie indélicate habituelle, son égoïsme narcissique (qu’il m’a légué, comme tout le reste de ce que je n’aime pas en moi, aussi bien intérieurement qu’extérieurement, même si je lui dois en partie ma réussite professionnelle, son cadeau empoisonné), ses discours implacables n'acceptant aucune nuance ou contradiction, son pas lourd et menaçant : ce volcan de mauvais souvenirs que je tiens à garder endormi, ne surtout pas réveiller ses éruptions meurtrières, ses nuages de cendres toxiques…
Je ne supporte pas ces « conseillers » pétris de bonnes intentions et de morale mielleuses qui vous exhortent à «  la réconciliation » : je ne me suis pas disputée avec mon père, il m’a juste détruite, -comme il l’a été dans sa jeunesse- ; même si ces ravages ont heureusement été atténués par l’amour et le soutien de ma famille maternelle.

« Les enfants commencent par aimer leurs parents; devenus grands, ils les jugent; quelquefois, ils leur pardonnent. » écrivait le très sage et pertinent Oscar Wilde. J’ai très tôt cessé d’aimer mon père,  j’en ai longtemps culpabilisé puis j’ai fini par accepter son existence en le considérant comme un simple géniteur. Il m'est étranger même si nous sommes biologiquement liés.
Je lui ai pardonné car je sais qu’il a toujours pensé agir pour mon bien mais l’aimer, jamais, jamais je ne le pourrai. J’essaie juste de ne pas le détester, de le supporter pacifiquement, d’arracher de ma gorge quelques mots de convenance, d’intérêt poli pour sa santé, ses affaires –en déroute- lorsqu’il décroche, par malheur, aux appels que je destine à ma mère.
Ne pas lui faire (trop) de mal par ma distance irréversible, notre impossible rapprochement qu’il continue sans doute d’espérer, avec une foi déclinante vraisemblablement, au fil des années qui passent et de mes absences obstinées les 24 et 25 décembre. 

Comme tous ceux qui ont eu à souffrir de leurs parents pour des motifs plus ou moins graves, il finit par m’inspirer de la pitié aujourd’hui dans sa déchéance progressive, son corps qui me semblait si massif qui se voûte, s'amaigrit, ses cheveux qui se raréfient, blanchissent...,  ses regrets irréparables, ce gouffre dans lequel il s’enfonce et entraîne, à ma grande détresse, ma mère. Mais toujours son orgueil entêté qui refuse la moindre aide, de suivre le moindre conseil. Je me tiens donc à l’écart, j’essaie de ne pas me laisser ployer par leurs tourmentes, j’ai assez des miennes.

(suite à venir, après ce petit détour par mon père, le sujet devait fatalement être abordé ici, même si j’avais déjà eu l’occasion d’en parler… Ce récit est la suite de mon rdv de Noël, désolée de ne pas réussir à écrire en temps réel... )

Posté par standby à 10:04 - Histoire d'une éducation sentimentale - Commentaires [9] - Permalien [#]

14 avril 2010

« Love is a process, not an event » (1)

Retour, seule, dans mon appartement, ma chambre, le lit encore jonché de toutes les robes, collants, pulls essayés et rejetés pour ce grand évènement, ce sommet, qui n’en a pas été un… 
La tentation pascalienne qui me reprend : m’enfermer, m’emmurer dans ce logis, mon univers, mon refuge, protégée, à l’abri.  Une sensation de vide et de trop-plein à la fois. La déception du désir encore une fois déserteur, la culpabilité de l’avoir déçu, frustré.  La non-conformité au schéma, au modèle, au dénouement attendu. L’évidence qui se refuse encore une fois à moi et me laisse désemparée, désorientée. Ce n’est pas la tristesse, juste un immense point d’interrogation et quelques points de suspension. Blank.

Que penser, que décider ?  De longues journées, soirées m’attendent pour déplier toutes ces impressions enchevêtrées, agglutinées les unes aux autres, ranger, classer et analyser tout ce fouillis de mots, rires, silences, images de lui… Tous ses remous, creux et vagues qu’il a imprimés en moi et que je n’arrive pas à interpréter, à comprendre.  Tout ce neuf, ce nouveau que je vais user jusqu'au dernier grain, au tamis de ma mémoire.
Sortir avec délectation de mon doggy bag tous ces mets que j’ai soigneusement emballés et les étudier… jusqu’à ce qu’une réponse émerge.

Il n’y a pas eu de révélation, de confirmation, seulement d’autres questions qui sont venues s’ajouter aux précédentes. Ma curiosité est toujours intacte et peut être encore avivée. J’ai envie de le connaître encore et toujours davantage, l'apprivoiser, m'approprier son être. Il m’intéresse. M’étonne.  Me captive peut-être. Me touche indéniablement. Mais il doit encore me nourrir, m’irriguer…, me fournir les combustibles indispensables.

C’est aussi une profonde sensation d’apaisement, de sérénité que je n’avais pas éprouvé depuis bien longtemps : quelqu’un existe pour moi dans la vaste ville froide et hostile. Quelqu’un qui pourrait presque faire partie de ma vie. Quelqu’un qui s’est suffisamment avancé, attardé pour que je puisse revendiquer un « droit » sur lui, ou au moins une légitimité même fragile. Je sais qu’il répondra à mon appel aussi fort répugne-t-il à reconnaître le moindre engagement, le moindre lien. Je sais qu’il pensera à moi, que j’ai ancré quelque chose en lui, à son corps défendant…

Et pourtant violente envie de retrouver mon univers, mon intérieur, mes repères, et non pas de le suivre, le retenir…  Pourquoi ? Sans doute déstabilisée par son ardeur subite après des mois d’indifférence, sa gentillesse, son désir brûlant… Trop. Une lumière aveuglante après ces ténèbres si coutumières.

Son invitation trop rapide à se revoir dés le surlendemain pour un cinéma…
Ces rendez-vous galants auxquels j’aspirais tant, que je jalousais dans les rues bruissantes d’appels et de messages de couples se rejoignant. Il fait cet effort du rituel, de la parade de séduction, des préliminaires courtois. Contre toute attente... Je me sens décontenancée de ce revirement si soudain, inconnu de mon "expérience" amoureuse.
Il me semble si malléable, à ma disposition. Etrange sensation de pouvoir sur lui, vulnérable et transi… Il m’attendrit… mais perd en force d’attraction.
J’ai besoin de laisser passer des franges de temps, mettre un peu de distance ;  non pas une distance qui éloigne mais au contraire rapproche, celle qui laisse le manque, l’envie revenir, s’aiguiser. Pouvoir l'aduler de nouveau, être sous son emprise plutôt que lui sous la mienne...
Je sais le risque que cela représente mais ne peux agir autrement, je ne peux pas me contraindre. Jamais…

(suite à venir…)

Posté par standby à 12:28 - Histoire d'une éducation sentimentale - Commentaires [3] - Permalien [#]