23 novembre 2009
By night
Ses messages nocturnes. « Tu dors ? »
Ces phrases SMS lancées sans préambules ni manières, sans les ornements de la correspondance que j’affectionne tant. Directes et laconiques…, anorexiques.
Comme si de rien n’était. Comme s’il n’avait rien à se reprocher. Après presque deux longues semaines de silence. La psychologie masculine. Le bel oubli insouciant. Ne surtout pas faire surgir ces drames qui les effraient tant. Après tout pourquoi pas. C’est peut-être la meilleure solution. Hypocrite mais indolore. A quoi bon ressasser les rancœurs, toutes ces explications que les femmes exigent toujours à cors et à cris, ces « il faut qu’on parle » qui n’arrangent jamais rien en réalité, sinon à replonger dans des marécages de mauvais souvenirs, de chagrins et de déceptions. Les sujets fâchent et les réponses ne donnent jamais satisfaction de toute façon. Malgré tous leurs efforts, depuis des millénaires, les femmes ne parviendront jamais à domestiquer les plantes sauvages que sont les hommes ; elles pousseront toujours n’importe où et n’importe comment dans le salon, dérangeant la table basse et le sofa.
Hier était hier et aujourd’hui, un nouveau jour, un nouveau soir… Alors pas de reproches, pas de questions. Vivons l’instant T neuf et affranchi de tout passé.
A 23h56, à 2h34, à 3h07, ses mots s’égrènent par petites poignées pendant que je flotte dans un bienheureux royaume d’inconscience. Je les découvre le matin, au petit-déjeuner, et malgré leur minimalisme, je ne peux m’empêcher d’être flattée à l’idée qu’il pense à moi, sous ses airs indifférents. La nuit. Surtout la nuit qui donne des couleurs plus intenses aux messages, aux appels. Ce monde parallèle, aussi fascinant qu’inquiétant, dont j’ignore presque tout et dans lequel il se faufile avec agilité et volupté. Quand je clos volets et paupières et me pelotonne craintive, il s’élance avidement à la rencontre de tous ces mystères, ces visages de la pénombre.
Mais je sais ce que signifient ses allusions masquées, ses demi-mots à une heure tardive. Il joue, il me teste. Voir si je suis aussi prude que j'ai bien voulu lui dire. J’aime le jeu lorsqu’il est bienveillant, innocent mais le sien me semble trouble, sournois… malsain. Il me déstabilise, m’angoisse, je n’en maîtrise pas les règles.
Même si imperceptiblement la partie semble s’être inversée en ma faveur. C’est désormais lui qui quémande et moi qui réponds (ou pas, audace ultime !). Presque froidement. Et cette (semi-) indifférence me donne une nouvelle force. Je n’attends plus rien de lui et ne suis plus disposée à le courtiser, à chercher son attention ou même à faire preuve de patience. Toujours cette étrange et triste règle des essuie-glaces : l’un s’éloigne et c’est alors que l’autre se rapproche enfin. Peut-être surpris que pour une fois je ne relance pas le dialogue, il s’est décidé à faire le premier pas.
Sur le ton indélicat d’un (petit) garçon capricieux, bien loin des textes ourlés que je peaufine des matinées ou des soirées entières, mais il a tout de même pris l’initiative.
Et lorsque j’imagine ce garçon si séduisant et magnétique, sollicité de toutes et tous, ce garçon bien au-dessus de mes moyens, saisir mon adresse e-mail, mon numéro sur ses écrans qui nous unissent autant qu’ils nous séparent, chercher à attirer mon attention, avoir envie de me voir, déferle en moi une joie profonde. La joie de ne pas avoir été oubliée, de compter -au moins un peu-, suffisamment pour qu’il ne se dématérialise pas, qu’il insiste même (« insister », j’avais fini par croire que cela n’existait plus dans ce monde de corps interchangeables) qu’un lien aussi ténu soit-il nous relie encore et qu’il accepte de ravaler son orgueil. Autant de maigres victoires qui comblent néanmoins l'affamée d'amour que je suis.
« Je n'ose pas t'appeler à des heures indues pour te proposer de l'imprévu... »
Je sais ce que sous-entend « l’imprévu » d’une heure « indue ». Une heure indécente pour un rendez-vous qu’il espère le sera aussi. Ces rendez-vous que l’on donne aux femmes avec qui l’on ne veut pas perdre de temps en bavardages inutiles. Ne pas perdre de temps, ce précieux temps dont les hommes sont si avares. Ce sont les rendez-vous où l’on peut conclure vite, sans prélude ni préliminaires et puis disparaître dans les ténèbres avant que le jour ne se lève. Les rendez-vous où le cœur est absent et amnésique. Voici tout ce qu’il veut bien m’accorder. Je ne vaux pas plus. Il faut assouvir l’appel de la testostérone, ce cri strident et impérieux pour lequel on emploie toutes les ruses, tous les stratagèmes, où l’on fait toutes les promesses que l’on ne tiendra pas.
Je le comprends, je ne lui en veux pas.
Mais je suis glacée, blessée. Qu’il ne puisse pas la faire taire ou au moins la mettre en sourdine pour moi. Cette concurrente redoutable, cette maîtresse insatiable qui obtient toujours gain de cause. Ce serpent venimeux entravant toujours mon chemin.
Oui, j’espère toujours, candidement, depuis mes 16 ans, celui qui voudra bien (m’) attendre. « S’il t’aime, il attendra » se répètent et s'avertissent les femmes de génération en génération. Et cette sagesse populaire féminine, peut-être un peu naïve, bien trop "fleur bleue", peut-être un peu ringarde (et plus de mon âge) m’est chère. J’aimerais, pour une fois, être plus importante que la pulsion pressée du bas-fond.
Je ne veux, je ne peux pas être une maîtresse, le jouet d’une satisfaction purement hormonale. Déshumanisée.
Je veux être celle qu’on protège, celle dont on ne veut pas qu’elle prenne froid, qu’on prend dans ses bras, qu’on regarde dormir, celle à qui l’on chuchote des secrets, celle qu’on fait rire, celle qu’on console, celle à qui on caresse la joue et écarte une mèche de cheveux venue se perdre devant un œil, qu’on invite à venir faire des miettes sur son canapé et regarder un DVD, celle pour qui on s’inquiète, celle dont on appelle le répondeur juste pour entendre sa voix, celle qu’on emmène en vacances, celle qu’on présente à ses amis, ses parents…
Il conclut parfois nos conversations par un « Prends bien soin de toi », selon cette traduction impropre du « Take care » américain. Je trouve ça touchant même si j’ai souvent envie de lui répondre que je voudrais que ce soit lui qui prenne soin de moi…
« Alors peut-être pourrais-tu commencer par m’appeler à une heure non indue... »
Il a finalement demandé à quel moment je serai libre pour le voir… Un aprèm’ alors. Il viendra cette fois, promis. Je réfléchis…
21 novembre 2009
Coming soon...
Bonjour à vous, yeux qui passez par ici :-)
J'espère que vous allez bien.
Comme je le disais, l'écriture m'est moins fluide ces temps-ci, je me laisse engluer par un découragement un peu apathique et les contingences quotidiennes. Pourtant je n'en suis pas moins toujours emplie de questions, d'observations et de réflexions sur le monde, la société qui m'entoure, les relations, à commencer par les hommes toujours... J'ai encore beaucoup de choses à dire et je compte bien le faire même si cela demande effort et motivation.
Pour faire les choses dans l'ordre, je compte écrire ce w-e, la suite de mon "histoire" avec le chat de Chester, avec les quelques nouveautés de ces derniers jours. Ensuite, il faut que je "m'attaque" à un autre pan de mon vécu, une personne importante de mon entourage que je n'ai pas encore vraiment évoqué et qui a tendance à prendre beaucoup de place dans ma vie ces temps-ci (tandis que d'autres s'éloignent, étrange toujours ces mouvements de tectonique humaine...)
Je vous souhaite un très bon we,
à bientôt !
12 novembre 2009
Pénurie de confiance
Si l'on ne peut pas faire confiance à l'être aimé, si partout la méfiance, le soupçon, la manipulation s'immiscent.
Jusqu'au sein même de sa plus proche famille, de ces femmes qui vous ressemblent le plus, qui sont pétries de la même matière, du même sang, de celle qui vous a mis au monde, de celle qui vous a tenu la main si longtemps et qui dormait dans le petit lit à côté du vôtre.
Si avec toutes et tous il faut jouer un jeu, ne jamais se départir du masque social, être sur ses gardes, garder de la distance, si toutes et tous peuvent devenir les ennemi(e)s de demain, alors que peut-il bien rester comme refuge, comme abri où se retrancher, se protéger, se sentir bien... ?
06 novembre 2009
"Bonjour Mademoi... Madame..."
J'étudiais minutieusement une poudre matifiante minérale face à une rangée chatoyante de cosmétiques, lorsqu'une vendeuse au fond de teint barbecue lourdement appliqué, surgit dans mon dos en carillonnant d'un joyeux "Bonjour mademoi...", jusqu'à ce qu'arrivée à hauteur de mon épaule et alors que je détournais mon visage vers elle, apeurée par sa subite apparition dans mon monde tranquille "de pigments sans conservateur, ni parfum, ni corps gras", elle déclenche le drame de ma journée.
Elle s'arrête net, comme un véhicule pile devant un panneau de déviation et se mordant les lèvres elle rectifie abruptement son début de "Mademoiselle", qui allait presque me la rendre sympathique malgré tout, par un (très pesant et très violent) "Madame". MADAME.
Autant
dire que je n'ai absolument pas souvenir de la suite de son boniment,
tant résonnait en moi le mot du crime. Et surtout cette reprise qui
ne laissait absolument aucun doute sur le clair distingo qui s'est
opéré dans son esprit à ma vue.
Je suis sortie assez précipitamment
de l'enseigne sans, bien entendu, rien acheter de ce que je convoitais
(les services marketing devraient absolument former leur personnel à ce
genre de petit détail fort nuisible à la concrétisation de "l'acte
d'achat).
Le plus troublant dans ce (tragique) incident, c'est son retournement de jugement. De
dos avant de voir mon visage, j'avais dû sembler suffisamment jeune
pour être encore gratifiée d'un "Mademoiselle" mais dés que j'ai eu le
malheur de poser mes yeux sur elle, c'en était fini, je rejoignais
définitivement le camp des "Madames". Autrement dit des "vieilles
peaux".
Appellation d'autant plus mordante que n'ayant ni mari ni
enfants et moins d'expérience amoureuse qu'une gamine de 14 ans,
je ne me sens bien évidemment absolument rien de commun avec une
"Madame" (titre de civilité heureusement désormais aboli dans le monde
professionnel où l'on se nomme directement par ses nom et prénom, voire
par ses initiales, ce à quoi je me refuse catégoriquement). Je ne peux
pas être une "Madame", je ne suis qu'une enfant moi...
Dans la rue, je me suis longuement observée dans le miroir, traquant dans mon reflet, les signes de l'âge, afin de comprendre, saisir ce qui avait tellement changé en si peu de temps pour être ainsi chassée des rivages bénis de la jeunesse. Je n'ai rien vu de particulièrement marquant, pas de rides, pas de cheveux gris qui pointent. Je n'avais même pas l'air spécialement fatiguée. Et toujours la rondeur de mes joues que je croyais me conserver un air juvénile. Ne puis-je désormais plus être confondue avec une étudiante comme on me le demandait encore il y a peu ? Mais la fréquence récente des "Madames" (assenés la plupart du temps sans hésitation aucune) me signale qu'il y a indéniablement "quelque chose" qui a dû se faner. Des stigmates que mon oeil trop familier (et peut être trop indulgent) de mes traits ne peut sans doute pas déceler ni percevoir l'évolution réelle.
J'ai continué ainsi mon chemin, ruminant et maugréant, tentant de surmonter ce petit traumatisme de la vie ordinaire, de le rabaisser au rang de détail anodin sans importance qui ne va pas me gâcher la soirée (et auquel il va bien falloir que je m'habitue car hélas cela n'ira pas en s'arrangeant...), jusqu'à ce qu'une voiture sortant d'un porche m'arrête dans ma trajectoire. Je (m'im)patiente, cherchant à contourner l'intrus métallique, quand l'un des passagers s'en éjecte enfin et me lance "Désolée Mademoiselle, on vous libère la place !" Oui j'avais bien entendu, le mot chéri avait jailli spontanément, me réacceptant comme par magie dans les précieux rangs que je me refuse de quitter. "Oh mais ce n'est rien, je vous en prie", répondis-je avec mon plus gracieux sourire. Ma soirée était sauvée.
02 novembre 2009
Se souvenir des belles choses
Les anciens amoureux se plaignent souvent voire renient leur relation lorsqu’elle a touché le fond, la fin.
Ils ou elles parlent « d’échec », de « ça n’a pas marché », de « perte de temps », de « gâchis ».
L’Autre devient le(a) pire, un immense défaut à lui (elle) tout(e) seul(e).
Pourtant ils ont aimé et été aimés en retour, ils ont connu, vécu ce petit miracle.
Mais pour eux ça ne vaut plus rien, l’extraordinaire rabaissé au banal, à une faute de parcours qu’ils s’empressent de raturer et d’oublier.
Moi, je n’ai jamais eu leur chance, celle de vivre, aussi courte soit-elle, une histoire d’amour. Pas même d’en commencer une. Je stagne, je m’enlise, je dépéris dans cette zone indéfinie, ces limbes où jamais rien ne s’incarne ni se matérialise. Mes « histoires » finissent toujours avant de commencer. Les fils que je lance ne se fixent, ne se tissent jamais. Ils gisent dans le vide, s’effilochent pour finir en lambeaux et… sanglots.
Mais malgré cela, je m’accroche comme une (con)damnée au souvenir de quelques moments, instants, aussi fugaces ont-ils été, aussi cruels se sont-ils achevés.
Nous avons tous ces lumières enfouies en nous ; des lumières éteintes dont il suffit de presser l’interrupteur pour les rallumer. Pour certain(e)s, c’est alors une féérie, une illumination de Noël et pour d’autres, comme moi, il n’y a que deux ou trois ampoules… basse consommation, un ou deux bouts de bougie… Mais même cela c’est une richesse, un trésor que je cultive farouchement.
Je ne parviens à me lever, à continuer d’avancer que pour ces petites lueurs qui m’ont prouvé que le bonheur existait, que j’étais capable de le ressentir, de le vivre, que je pouvais être heureuse, et combien c’était merveilleux. Aussi mièvre et pathétique que cela puisse paraître.
Je me souviendrais toujours de son air concentré en écoutant un titre de musique, voulant à tout prix le reconnaître et rageant de ne pas y parvenir tandis que je le taquinais.
Moi debout, pieds nus sur le canapé une main sur la chaîne hifi et lui me serrant les poignets en tirant la langue et riant. Son drôle de sourire qui découvrait le rose de ses gencives, son dos un peu voûté qui me faisaient fondre le cœur, le ventre et la peau toute entière. Et puis me montrant ses clarks, sa nouvelle veste, l’album de bande dessinée qu’il m’avait offert en arrivant et sur lequel il avait gribouillé un petit personnage de son cru rêvant de devenir scénariste, son ticket de concert pour un chanteur que je ne connaissais bien évidemment pas, ma frustration de ne pas pouvoir partager ça avec lui mais ma fierté qu’il m’en parle, qu’il m’explique. Ma fierté de me sentir un peu importante pour Lui le temps de cette soirée. Lui qui symbolisait tous ces garçons regardés et convoités de loin dans les cours de récréation, dans ces cercles dont j’étais irrémédiablement exclue. Me sentir un être-humain digne de sa discussion, de son monde qu’il acceptait de m’entrouvrir, et non comme une simple proie sexuelle, un vagin interchangeable.
Sa voix un peu nasillarde entrecoupée de sa respiration hachée parce qu’il avait le souffle et le cœur fragiles. Son physique d’enfant malade. J’aimais tant voir si facilement l’enfant qu’il avait été en regardant son visage pâle et ses grands yeux vert d’eau derrière les cercles métallisés de ses petites lunettes de myope.
Quand il m’a dit qu’il pourrait rester des heures dans la salle de bain d’une fille à regarder ses flacons et ses pots de crème. Son air émerveillé…
Quand il m’a parlé de ces filles qui l’ignoraient sur les plages bretonnes, ses tentatives pour attirer leur attention, que je l’imaginais malingre, blafard et désespéré sur sa serviette éponge, écoutant furieusement ses pop rock songs sur son walkman.
Quand je lui ai parlé de ces collégiennes qui me terrassaient de leur féminité éclatante et qu’il m’a dit que désormais je pouvais prendre ma revanche, sa façon de me dire qu’il me trouvait peut-être jolie. Nos adolescences, nos fêlures en écho.
Quand à la fin du dîner en forme de pique nique sur le tapis, j’avais osé remonter ses manches pour regarder ses bras, mon étonnement qu’ils soient si virils malgré leur finesse, je lui avais dit et il avait ri, il me laissait l’observer et le regarder comme une poupée que l’on déshabille avec curiosité et candeur. Alors c’est comme ça sous son pull, son tee-shirt… Et puis ma main posée sur sa poitrine, ma frayeur de sentir si distinctement ses os, sa cage thoracique si maigre. Je voulais qu’il reprenne encore du riz indien, du poisson, des pistaches, une part de tarte meringuée… Je voulais le nourrir, avoir la satisfaction maternelle de son estomac tapissé d’aliments, ses membres remplis et non plus décharnés.
Et puis lorsqu’il s’est levé en signe de départ, cette chose qui avait gonflé en moi comme une montgolfière, comme une fleur pleinement épanouie.
Je me sentais si proche, dans une unité si parfaite avec lui. Je pouvais laisser enfin le naturel prendre le contrôle de la situation, plus d’efforts à fournir ; de peur, réticences ou dégout à vaincre. Cette sensation unique, inédite, extraordinaire, ce que j’ai de plus précieux. J’ai aimé et désiré sans incertitude. Je me suis sentie femme pour la première fois de ma vie.
Ces gestes qui sont apparus comme par enchantement, la corolle de mes bras autour de son cou, la chaleur de son corps subitement contre le mien et ses mains entourant instinctivement ma taille, et ma peau tressaillant et ma tête s’enfouissant dans son cou, l’odeur mate et mélangée dans ce creux secret, les chuchotements, bruissements et pression des lèvres.
La façon qu’ont les humains de s’unir. Cela me semblait tellement irréel cette position maintes fois regardée, enviée, fantasmée…
Et son front si grand et si près, ses yeux liquides, ses cheveux si légers et doux, tout son visage m’appartenant, entre mes mains caressant, adulant chaque contour, chaque relief, l’autorisation de tout toucher, de me gorger du moindre millimètre carré de cet être chéri entièrement dévolu.
Et puis les messes basses sous ma couette, ses lunettes, sa montre posées sur ma table de chevet, lui me disant que ce n’était pas facile de dormir dans une chambre étrangère ; nos souvenirs des nuits où nous allions dormir chez un(e) petit(e) camarade, ces invitations magiques et dépaysantes.
S’habituer à un autre plafond, d’autres commode et armoire, peluches et jouets, une autre fenêtre, une autre porte, à des formes environnantes inconnues. Et puis le summum du bonheur : le jeu de la soucoupe phosphorescente, l’attente de l’obscurité pour la voir briller dans le noir.
Et comme en hommage à l’enfance, nous nous sommes amusés ensuite à décrire les arabesques du balcon en fer forgé imprimées en ombres chinoises sur le rideau. Et comme moi il a aimé cette drôle de calligraphie, il a compris sa poésie. La plénitude enivrante d’être vraie, intégralement moi-même.
Et dans ma tête en fête, tandis que je me blottissais contre lui, je ne cessais de lui déclamer les déclarations les plus enflammées, luttant pour ne pas les prononcer à voix haute sachant qu’il ne partageait pas mes sentiments.
Non, il ne s’est rien passé cette nuit là. Nous n’avons pas couché mais dormis ensemble. Pour moi, tellement plus intense.
C’était il y a 7 ans déjà… Un cycle… Une petite éternité... Un symbole. Et je croyais, j’espérais revivre avec ce providentiel chat de Chester qui lui ressemble tant, cette magie, ce temps suspendu. Mais alors que j’attendais fébrilement sa venue, après tant de préparatifs et d’énervement devant le miroir, je recevais ce message laconique, quelques minutes avant l’heure convenue. L’empêchement de dernière minute et les excuses plates. La partie remise. Enième partie remise. Et le cœur qui s’effrite lentement sous le soutien gorge à balconnets et la robe qui ne séduira personne, les questions qui se bousculent, la vue qui se brouille, le naufrage lacrymal sur le carpaccio, les verrines et les assortiments asiatiques. Le corps qui part se recroqueviller, se terrer sous les édredons et les duvets. Le noir. Le noir complet. Pas de nouvelle ampoule à allumer pour les longues nuits d’hiver…
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Précédente mise à jour 28/10/09 :
Page blanche : Un petit billet pour vous faire patienter... Comme je le disais en commentaire, les mots restent bloqués dans ma gorge ces temps-ci. Je n'arrive tout simplement pas à écrire, je cherche comment exprimer ce qui se bouscule en moi. Alors ça arrive...
20 octobre 2009
Un homme entre mes murs (2)
Suite de "Un homme entre mes murs" (1)
"J'étais passé
Pour prendre un thé
Caramel ou vanille
Bah non j'ai plus que vanille
J'étais venu
Pour dire des trucs pas terribles
Y a plein de travaux dans la rue
Tiens c'est marrant t'as la Bible
Sous un poster de Modigliani
J'étais passé prendre un thé
Et j'ai passé la nuit" (L'heure du thé, Vincent Delerm)
Il sera dans « mon intérieur » et le mot a bien sûr, me concernant, quelque chose d’ironique. Qu’en pensera-t-il ? Que remarquera-t-il en premier ? Qu’est ce qui l’étonnera, lui déplaira, le séduira ? Toutes ces micro-impressions qui nous assaillent lorsque l’on entre pour la première fois chez quelqu’un. Quelqu’un connu dans les lieux publics et qui subitement nous ouvre sa porte et nous donne ainsi accès à une nouvelle dimension. La face immergée de l’iceberg, le prolongement naturel et complet de ce que l’on a deviné à travers un style vestimentaire, des détails, son portefeuille, son iphone, son ipod, un bracelet, un cadran de montre et pour les femmes le plus révélateur, son sac à mains.
Il y a tout d’abord cette odeur si particulière, à la fois organique et matérielle, faite du corps, des secrétions, de lessive et de parfum, des aliments digérés, fourchettes léchées, des objets et des textiles, tout cet écosystème domestique qui fermente entre les murs. Baigner dans ce tiède liquide amniotique de l’autre. Ce mélange unique qui enveloppe ou agresse sitôt le seuil franchi. Aimer l’odeur de l’autre est si important parce que si primitif. Primitif donc primordial.
Alors c’est là qu’elle vit, c’est d’ici qu’elle pianote les messages qu’elle m’envoie le soir, d’ici qu’elle me téléphone, assise en tailleur sur ce tapis, ce fauteuil à médaillon. Ici qu’elle rit, qu’elle pleure, qu’elle s’emmitoufle dans son spleen. Il essaiera de reconstituer mes postures, mes habitudes dans ce cadre familier.
Etait-ce tel que l’on se l’imaginait ? Ce dépouillement, ce bric à brac, cette froideur, cette fantaisie, ces reliquats d’enfance, ces meubles hérités des grands-parents, ces meubles design, ces influences ethniques, ce futon japonais, ces couleurs criardes ou fades, ces couleurs qu’on aime ou mal assorties, ces bibelots ridicules ou touchants, ce tableau, ce poster… Toute cette faune personnelle que l’on adopte ou pas d’un simple coup d’œil circulaire.
Je suis toujours très curieuse de découvrir les « antres » masculines, les garçonnières comme on les appelle, ces « piaules », ces mondes étrangers.
Contrairement à moi, il ne se posera probablement pas toutes ces questions.
Parce qu’il « ne se casse pas la tête » comme il me l’a répondu lorsque je le questionnais sur ses préférences culinaires, sabrant d’un coup mon enthousiasme enfantin de maîtresse de maison que je ne suis pas, jouant à la dînette.
Il a finalement émis une préférence pour le salé sur le sucré. Pour le thé plutôt que le café ou la bière. Pour le thé vert plutôt que le thé noir (« à cette heure de la journée ce sera bien » a-t-il analysé, comme s'il se préoccupait de ces choses là). Ce qui m’a fait sourire. Cette image de lui sirotant un thé vert très zen comme sortant d’un cours de yoga… Mignon.
Même si les petits gâteaux seront ici remplacés par des nourritures plus relevées.
Ce sera un thé-appéritif. Je crois que j’aime bien le concept.
Il sera là, posé au milieu de mes objets familiers, de mon intimité. Il sera tout à moi, toute son attention tournée vers moi, ses mots confectionnés spécialement pour mes oreilles. L’ivresse de la possession, de mon exclusivité sur sa personne. J’essaierai d’esquiver ses yeux déshabilleurs, je craindrais toujours de lui déplaire, que ma peau se mette à luire, à rougir, que mes cernes saillent malgré le correcteur de teint appliqué en petite touches puis fondu dans l’ombre comme me l’a expliqué la conseillère beauté de Sephora. Je penserais à toutes ces menaces d’enlaidissement qui me guettent à tout instant. Je voudrais qu’il aime mon sourire, mes yeux qui deviennent vert à la lumière, ma silhouette soulignée discrètement par cette robe de femme-enfant, être désirable et féminine sans en avoir l’air, dévoiler la peau du cou, les poignets, gainer la finesse des jambes.
Je voudrai l’émouvoir et le troubler. Je voudrais sa douceur, sa tendresse. Je voudrais qu’il m’aime. Au moins bien.
Nous ferons la conversation comme on met une musique de fond, essayant d’enrayer la gêne première de se retrouver comme ça subitement face à face, si proches, après tous ces jours, ces semaines d’éloignement et de volte-faces. Je n’éprouve plus ce ressentiment qui me gangrenait ces derniers jours ; la balance s’est ré-équilibrée sous le fait de mes deux derniers désistements, pour « raison de santé », comme on l'écrit pudiquement sur les mots d’absence scolaires. Comme si lui avoir infligé, à mon tour, involontairement (ou inconsciemment ?), ces deux refus et qu’il ait manifesté un certain courroux, effaçaient ses propres impairs.
Nous sommes de nouveau à égalité. Ce n’est plus l’enclin fiévreux du début, c’est de nouveau la feuille blanche. J’ai réussi à m’alléger des attentes cancéreuses.
J’attends simplement de voir ce qu’il me réserve, ce que nous ferons advenir, resurgir ou pas… L’enchantement de la première fois ou le désenchantement…
Je voudrais lui confier toutes ces choses que j’ai goutées seule ces derniers temps, ces images, ces mots, ses pensées qui m’ont traversée, ses interrogations que j’empile en moi-même sans possibilité de les livrer parce que personne ne peut les comprendre, les recevoir. Lui montrer ce qui anime et peuple ma vie. Lui montrer, partager ce que je suis vraiment. Je voudrai trouver un écho. Je voudrais lui dire combien m’oppressent la solitude, ma fragilité, ma vulnérabilité, je voudrais lui dire que sa voix de gamin désinvolte, ses sourires m’ont manqué, que j’ai tant besoin de m’y réchauffer. Je voudrais lui dire les larmes, la nostalgie de l’enfance qui monte si souvent en bouffées incontrôlables, mon inadaptation à ce monde qui nous entoure, ma lassitude de jouer cette comédie qui ne m’intéresse pas.
Mes petites histoires, mes états d’âme l’ennuieront et j’en souffrirais. Je regretterais cette mise à nu inutile, trop grave, pesante. Lui qui n'aspire qu'à la légèreté et la gaité pétillante.
Je sentirais qu’il accomplit une formalité fastidieuse comme on écoute, contraint, la première partie d’un concert, en attendant le vrai spectacle. Je sentirais son manque et son insatisfaction, son envie de partir parce qu’il aura la sensation de perdre son temps.
Au fur et à mesure, je sentirais monter sa frustration. Ses efforts pour former des mots se raréfieront comme l'oxygène en altitude. Sa frustration de me parler au lieu de me toucher. Sa frustration de n’être qu’à quelques mètres de mon lit au bout du corridor, et de ne pouvoir m’y allonger.
Il pensera aux sous-vêtements qui dorment dans un tiroir de la chambre voisine, il s’imaginera des dentelles, des guipures, de la soie légère, des nuisettes tandis que j’aurais honte de ces soutiens gorges rembourrés, ces piteuses culottes en coton aux élastiques distendus, délavées que je m’obstine à porter parce que j’estime ne pas avoir la plastique pour m’enrubanner dans des apparats qui paraîtraient ridicules sur moi.
Toutes ces choses que je ne sais pas porter, pas faire.
Mon complexe d’infériorité. Lui si expérimenté, sûr de lui. Lui et le répertoire de son iphone gorgé de prénoms féminins prêts à jaillir, prêts à accourir, à se dénuder et à combler tous ses désirs.
Je lui demanderais alors s’il veut une autre tasse de thé…
17 octobre 2009
Un homme entre mes murs (1)
Il doit passer « prendre un café ou un thé ». Une boisson non alcoolisée d’après-midi. Quelque chose qui respire l’anodin et l’innocence, qui met en sourdine les arrière-pensées. Sans les effacer complètement, mais les atténue, les rend plus floues. Moins criantes, moins connotées. Quelque chose de rassurant, « sans risque », qui me dit « nous allons prendre notre temps ». Cela me convient même si mon premier mouvement a été la déception. La déception d’être reléguée à un horaire de petite fille, de simple amie que l’on vient visiter aux heures sages et tranquilles avant de voguer vers des plaisirs d’adulte à la nuit tombée. Mais il a finalement visé juste, je n’en suis encore qu’à l’après-midi avec lui. L’après-midi des goûters d’enfant, pas des cinq à sept.
Bien sûr rien n’a été verbalisé comme toujours. Avec lui, comme avec les autres, tout n’est qu’interprétation, l’essentiel se lit, dit, entre les lignes, dans les creux. Il élude toujours mes questions. Je dois deviner, me contenter de ce qu’il veut bien me divulguer et que je recueille comme des pépites.
Bientôt, il sera là. Chez moi. Sur ma proposition. Parce que c’est là où je peux être la plus vraie, la plus ouverte à... Parce que c’est là qu’il y a presque 10 ans, j’avais osé pour l’unique fois de ma vie jeter mes bras autour de Son cou, osé faire les (premiers) gestes qui abolissent les distances, les gestes qui se passent de mots.
J’ouvrirais ma porte et comme par magie sa silhouette longiligne apparaîtra, le savant décoiffé de ses mèches souples, son sourire enjôleur et ses yeux noisette malicieux. Il me regardera et mon image réelle viendra se juxtaposer à son souvenir. Vision d’ensemble puis détaillée. Mon appréhension qu’il soit déçu, de ne pas être à la hauteur de mon double virtuel recréé par sa mémoire.
Mes cheveux, lavés et coupés de frais, auront peut-être refusé de prendre le bon pli, le bon volume –ni trop plaqué ni trop gonflé- que je me serais acharnée à leur appliquer quelques heures plus tôt. J’aurais peut-être l’air fatiguée, triste, moins enjouée que lors de notre rendez-vous d’été. J’aurais une mine d’automne.
Il réalisera que je ne suis pas aussi… ou peut-être trop… Des défauts inaperçus la première fois surgiront et s'imprimeront comme des tâches à la surface de sa rétine.
Moi, je ne serais pas déçue, même si son image présente quelque défaillances, car mon attirance va au delà de sa pure apparence physique, c'est une alchimie plus complexe et globale, une aura, une allure sur laquelle j'ai greffé et projeté tous mes fantasmes, mythes et histoires. Les attirances masculines sont au contraire plus concentrées et dépendantes du sens visuel au sens strict, instaurant, malgré eux, ce douloureux diktat du physique qui ravage tant de femmes.
Je serais admirative, intimidée et anxieuse de lui plaire encore, autant que la première fois. J’aurais envie encore de sentir son désir, ses mains impatientes esquisser des approches touchantes et maladroites.
Il sera là. Ses pas, ses bras, son dos, son corps dans mon salon, appuyé contre le dossier de mon canapé, logé entre les coussins lilas et mordoré que j’ai pris soin d’acheter pour sa venue. Tentant de donner une touche plus chaleureuse, "cosy" (trop féminine sans doute) au décor de magazine impersonnel qu’est mon appartement dont on me demande parfois si j’y vis ou s’il s’agit juste d’un bureau…
Il sera là au milieu de mes murs blancs, sans photos ni tableaux, que j’envisage depuis presque 10 ans d’accrocher… Un jour.
Ses yeux critiques et curieux erreront sur les rayonnages de livres, de CDs (reliquats des années passées que j'aime à conserver comme déco -bientôt vintage-, statut auquel le MP3 ne peut prétendre) que j’aurais pris soin d’expurger au préalable, des références honteuses, de jeunesse périmées, afin de ne laisser en évidence que celles dignes d’être montrées. Exposition sélective et savamment calculée ; peut-être jouer l’audace d’un exemplaire de la critique de la raison pure flirtant avec le dernier numéro de Cosmo... Placer quelques intrus dans une composition trop parfaite pour être honnête.
Jugement silencieux de mon essence culturelle, de mon bon ou mauvais goût, évaluation muette de nos accords harmonieux ou au contraire dissonants. Si nos collections de livres, de musiques, de films préférés accepteraient de s’adresser la parole en public.
Il feuillettera, fera peut-être quelques commentaires, de ces taquineries tendres qui me font sourire et auxquelles j'aime répliquer sur le même ton. J’aurais aussi fait disparaître dans les tiroirs, derrière les portes des armoires toutes les preuves compromettantes : crème décolorante, d’éradication pileuse, lotion aux comédons, tous ces cosmétiques anti-imperfections dont l'intitulé ne dévoileraient que trop bien ces tares dont il ne se doute pas et autres ustensiles menstruels. Je ne répèterai pas ses erreurs de débutante qu’Il m’avait souligné, en s’en amusant du reste, lors de cette fameuse soirée. Mais peut-être laisserais-je en évidence ces petites fioles, tubes, poudres, houppettes, flacons colorés et parfumés…, ces mystères féminins, ces promesses de beauté qui aiguisent tant l’imaginaire masculin.
Lui faire bonne impression, soigner mon image de marque. Incliner davantage ses penchants vers moi, favoriser ses bonnes dispositions…
(texte à suivre…)
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16/10/09 : Intermède avant l'écriture de ce texte
Bonjour à vous, yeux qui passez ici bas...,
Je m'excuse, j'ai pris un peu de retard ces derniers temps dans l'écriture de mon nouveau texte.
La faute à ma contribution active au PIB de notre noble pays et puis aussi à cette réalité un peu chaotique qui m'entoure en ce moment et qui m'empêche de réunir mes idées comme il faut et d'écrire ce que je dois écrire.
Je me suis un peu laissée dépasser par les évènement. Mais je vais reprendre du début, promis. :-)
Je vous souhaite un bon we, vous devriez avoir de mes nouvelles d'ici dimanche...
A bientôt !
05 octobre 2009
Dérogation au Modèle amoureux
Il y a ce modèle amoureux, cet idéal socio-culturel, injecté depuis l’enfance, par intraveineuse de contes de fée, de belles romances cathodiques, d’éducation citoyenne et démocratique, de traités psychologiques sourcilleux, de grandes théories sur le couple, le « foyer heureux ».
Les articles de la constitution délivrant la définition officielle du bonheur amoureux, d’une relation « saine et équilibrée ». L’égalité des chances, la parité hommes/femmes.
Un beau tableau brandi de part et d’autre, ces bons et mauvais points, ces choses à faire et à ne pas faire, ces choses à fuir ou à rechercher, le bon et le mauvais, les défauts et les qualités, le respect et la dignité.
Et puis en face, il y a la réalité, ce foutu et implacable principe de réalité auquel on n’échappe pas et qui fait tout voler en éclats…
Il y a ce que je ressens, ma nature, mes inclinaisons profondes que je ne peux pas réformer, éduquer, adapter à ce qu’on attend de moi, à ce que la raison, le Modèle, mes-proches-qui-veulent-mon bien me recommandent, me dictent. Je ne peux pas faire autrement que déroger.
Il y a ces hommes que j’aime incorrigiblement même s’ils ne ressemblent pas du tout au prince charmant. Ces princes cruels qui sont seuls capables d’éveiller un semblant de désir, d’émoi, de me rendre un peu femme. Comme celles qui succombent fatalement aux « bad boys », je ne résiste pas aux « sad boys ». Une variante toute aussi dangereuse.
Instable, immature, cyclothymique, fainéant, difficile, narcissique, jaloux, associable ou volage, moqueur, cynique, pervers, manipulateur, de mauvaise foi, insolent, excessif, irresponsable, imprévisible, insaisissable, enfant capricieux, mélancolique, triste, fou... Fou surtout.
Mais aussi drôle, théâtral, exalté, décalé, surprenant, émouvant, romantique (même s’ils font tout pour bien le cacher), romanesque, sensible… Sensible surtout.
Je fais partie de ces êtres attirés irrésistiblement par les mauvais choix, les mauvais partis, "les types qu'il ne faut pas", les mauvais signes et présages… Et s’ils font mon malheur, je ne saurai pas faire sans. Car aussi mauvais sont ces choix, ils me correspondent, ils me sont une évidence, une certitude.
Et je préfère m’y abîmer, en souffrir, en périr mais au moins me sentir vivre en accord avec ce qui coule dans mes veines.
Et puis après tout je suis aussi un mauvais parti, un mauvais choix. Reste à vérifier si la compatibilité existe entre les deux… Sans doute un beau désastre. Mais tant qu’il reste beau…
Vu de l’extérieur, j’ai bien conscience que ce que je vis avec le chat de Chester, ou du moins essaie de vivre, peut paraître comme « une grave erreur », que je devrais « laisser tomber ». Au regard des critères de normalité amoureuse, des prescriptions en matière d’épanouissement et de « bonnes bases solides », de l’avis des experts et de la rubrique psycho de Marie-Claire, je n’ai en effet rien à en attendre.
Mais c’est peut-être là où réside la solution, arrêter d’attendre quelque chose de précis, de préconçu et prendre ce que les hommes que j'aime veulent bien me donner : profiter de tous ces instants même fugaces de bonheur et de complicité, tous ces plaisirs minuscules qui me ravissent tant et cesser de les ternir en pensant à l’avenir ou en écoutant les Cassandres. Cesser de les gâcher par les reproches, le ressentiment, l’amertume qu’il n’ait pas dit ou fait ce que j’attendais.
Les attentes qui enflent comme des tumeurs sur mon cœur sont ce qui me tue.
Cela fait longtemps que j’ai quitté les rails d’une quelconque normalité sentimentale. Mon chemin est ailleurs. Un chemin plus escarpé, plus douloureux mais que je dois apprivoiser, accepter car c’est le mien et je ne peux l'éviter. Reste à définir mon seuil d’acceptation, jusqu’à quel point renoncer à tous ces jolis colifichets et ornements collectionnés depuis toutes ces années, faire taire ces cordes sensibles qui vibrent en moi… Cette balance symbolique et personnelle où l’on pèse d’un côté l’humiliation, la frustration et la déception et de l’autre la joie solaire, le bien-être, l’ardeur à l’Autre.
Ce qui se joue dans un couple, dans la séduction ne peut pas vraiment être jugé « de l’extérieur » car c’est au contraire quelque chose de profondément intérieur, d’invisible, de muet, y compris pour les intéressés. Ce qui en jaillit n’est qu’une pointe émergée de l’iceberg des non-dits et de l’inconscient. Il y a trop de replis, de poches, de trappes secrètes, de portes dérobées qui se cachent sous les apparences clinquantes ou pitoyables… En amour, il me semble qu'il n'y a que des cas particuliers.
Tous les conseils du monde, aussi avisés soient-ils ne sauraient aider (même si l’on est toujours tenté d’en quémander comme des radeaux auxquels se raccrocher dans la dérive). Seuls ceux qui sont impliqués peuvent découvrir non pas « les » mais « leurs » bonnes réponses. Leur modèle amoureux.
01 octobre 2009
Braderie
« Tout comme le libéralisme économique sans frein, et pour des raisons analogues, le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue. Certains font l’amour tous les jours ; d’autres cinq ou six fois dans leur vie, ou jamais. Certains font l’amour avec des dizaines de femmes ; d’autres avec aucune. C’est ce qu’on appelle le « loi du marché ». (…) Les entreprises se disputent certains jeunes diplômés ; les femmes se disputent certains jeunes hommes ; les hommes se disputent certaines jeunes femmes ; le trouble et l’agitation sont considérables. » (Extension du domaine de la lutte, M.Houellebecq)
« Elle désire me parler de mes livres, de ma vision de l’amour, établir entre nous une amitié, etc., mais moi cela ne m’intéresse pas. Cela me captiverait s’il y avait aussi la sensualité, la complicité des peaux. (…) La métaphysique du cœur n’est pas ma tasse de thé. » (Les soleils révolus, G.Matzneff)
« Moi la dragouille qui traînasse, un pas en avant deux pas en arrière, tout ça, on s’appelle, on se prend un café, ça me laisse froid. Je ne comprends pas les gens qui ont besoin de se jauger, de se tourner autour, de se renifler le cul pendant des semaines. Avec moi, faut se donner à fond, sans chichi, sans pudeur, avec l’envie, putain l’envie ! (…) Je m’en fous, moi, qu’elle pense à moi, la fille, ce que je veux, moi, c’est que quand elle vient me voir, elle ait envie, bordel, envie de me voir, envie de moi… » (La patience des buffles sous la pluie, D.Thomas)
Les orifices des femmes sont, depuis toujours, un bien marchand comme un autre. Les hommes l’ont longtemps exploité pour leur compte avant que les propriétaires puissent, par la suite, les louer, pour leur propre bénéfice.
On appelle prostituée, pute, péripatéticienne, tapineuse, fille de joie ou encore « travailleuse du sexe »…, ces femmes qui vendent du (leur) sexe aux hommes.
Du sexe contre de l’argent.
C’est finalement aussi ce que bon nombre de femmes au foyer, surtout des générations précédentes, ont pratiqué dans le cadre légal que représente le mariage. Remplir le devoir conjugal pour avoir, au minima, un toit au-dessus de leur tête et se nourrir. Les termes du contrat.
Aujourd’hui, les femmes n’ont plus, dans leur grande majorité, besoin des hommes pour se loger ou manger. Pourtant les termes de l’économie n’ont pas beaucoup changé. Le sexe reste la monnaie d’échange. L’enjeu.
Non plus pour remplir le frigo ou payer le loyer, mais pour les aimer, les protéger, les soutenir. Leur dire qu’elles sont belles, leur parler, les appeler, les comprendre, les accompagner, les sortir.
Du sexe pour avoir quelqu’un à ses côtés.
Les besoins primitifs sont dépassés mais demeurent les besoins « d’estime » et « d’accomplissement » du haut de la pyramide de Maslow. Le 10e besoin fondamental sur les 14 définis par Virginia Henderson, « vivre pleinement ses relations affectives ».
Et pour cela, les femmes ne peuvent toujours compter que sur leurs bons vieux orifices qui demeurent le seul appât, le seul véritable attrait valable. Et tous les beaux discours, l’évolution des mœurs et l’émancipation n’y ont pas changé grand-chose… Nos pensées, opinions, goûts, notre être, notre âme, notre cœur ne pèsent pas bien lourd face à ces toujours aussi convoités réceptacles phalliques. Une fellation vaudra toujours mieux que toutes les conversations aussi passionnantes soient-elles. Le reste n’est que détail sans grande importance, de simples accessoires, gênants pour certains agréables pour d’autres mais jamais indispensables ou déterminants. L’essentiel est ailleurs.
Espérer intéresser ou retenir un homme en l’éblouissant par sa personnalité est une naïveté de jeune-fille rangée.
Les hommes, plus indépendants par nature et n’hésitant pas à acheter ces orifices au besoin, mènent invariablement le jeu. Ce sont les femmes qui continuent d’avoir besoin des hommes, pas l’inverse. Ce sont les femmes qui se lamentent des jours et des nuits durant, devant leur indifférence, leur absence, leur manque d’attention. Ce sont les femmes qui continuent d’attendre les hommes. Pendant ce temps, ils sortent, s’amusent, profitent de la vie, voyagent, vivent l’aventure. Insouciants et libres. Les peines, la douleur du manque de l'autre n’ont pas de réelle prise sur eux, elles les éclaboussent à peine avant de glisser le long de la paroi minérale de leur cœur.
Le choix n’existe pas : c’est céder ou rester seule. Céder ou se morfondre de solitude et de désespoir. Céder dans n’importe quelles conditions, même si l’envie n’y est pas ou pas encore.
Céder ou perdre celui que l’on veut retenir, garder, aimer.
Chantage affectif versus chantage sexuel tacite.
Nous serons si vite remplacées par une autre qui fera moins de manières.
Etre une « fille facile », tel est le critère indispensable aujourd’hui si l’on veut rester monnayable sur le marché.
Demander de l’attention, du temps de cerveau disponible aux hommes, platoniquement, relève de l’hérésie commerciale.
Il est bien loin le temps où accepter une sortie voire une danse ou le summum : un chaste baiser, une main qui effleure l’autre étaient considérés comme des faveurs.
Les filles, femmes qui se font désirer n’attirent plus personne ; personne ne se fatiguera à les séduire, les conquérir. Faire attendre ne fait plus partie des mœurs. C’est tu baises ou tu te casses. Marche ou crève. Non négociable.
Il faut écarter vite et bien et offrir en supplément les prestations qui sont désormais attendues de plein droit puisque toutes le font sans rechigner, et de plus en plus jeunes.
Accorder toutes les demandes, les « gâteries », ne pas être effarouchée ou pudique sur quoique ce soit. Etre performante au lit. Donner satisfaction pour fidéliser.
La plupart des femmes modernes, "libérées" s'accomodent très bien de cette donne et y sont même réceptives, éprouvant les mêmes désirs sexuels. Mais alors celles qui tardent, chipotent, refusent, deviennent des produits délaissés, obsolètes, périmés. Stock encombrant et inutile qu’il faut évacuer. A mettre au rebut.
Quelles que soient ses qualités, il n’y en a pas de supérieure à celle d’être un objet sexuel consentant, docile et enthousiaste (« aimer ça »).
En système libéral, de concurrence pure et parfaite, c’est la guerre des prix, la plus meurtrière, qui prédomine. Il faut baisser les prix, encore et encore. Se brader. Mondialisation oblige (aujourd'hui on va même chercher des "produits" plus compétitifs en Russie ou en Thaïlande).
Réduire les exigences encore et toujours, oublier la romance et les attentions voire même le simple respect.
Je ne sais pas si je suis prête à me brader ainsi aussi grand soit mon désespoir…
25 septembre 2009
Le sourire du chat de Chester (2)
(suite de "Le sourire du chat de Chester (1)")
Toutes les conditions sont réunies mais il manque encore quelque chose. Ce quelque chose qui me rend si inférieure aux autres.
Ce quelque chose qui m'empêche de retenir un homme.
Ce quelque chose que j’ai eu la maladresse et la bêtise de poser sur la table. Là comme ça, sans préambule, sans prétexte ni circonstances indiquées, complètement contre-indiquées même. De le lancer comme un ballon dévastateur au beau milieu des verres de vin et de coca-cola, de la connivence qui se tissait, du charme qui agissait…
Cet intrus encombrant qui a tout renversé puis refusé de quitter les lieux. Intrus qui s’est installé entre nous, qui a pris toute la place sans que je n’y prenne garde. Barrière, obstacle invisible. Je croyais avoir mis les choses au propre, au net alors que je venais de les polluer, leur injecter un venin peut-être pas mortel mais sournoisement paralysant.
On ne me demandait rien, surtout rien, et pourtant j’ai déballé un balluchon qui aurait mieux fait de rester noué. Au moins jusqu’à ce que le moment de le dévoiler ne survienne.
Je lui ai donc dit, répété, martelé même, que je n’étais pas…, enfin plutôt que j’étais…
et donc qu’il ne fallait pas qu’il s’attende à…, ne pas précipiter, ne pas brusquer, parce que vraiment non ce n’était pas mon genre, je n’étais pas « comme ça », même pas du tout, que j’étais, en la matière, très nulle, la dernière de la classe alors donc inutile d’espérer…
Il a tout de même esquissé un pauvre sourire tandis que ses yeux gourmands s’assombrissaient. Il n’a pas dû comprendre pourquoi cette insistance, tous ces barbelés hérissés, ces mots qui repoussent et castrent son désir naissant, ces mots comme des ronces autour de lui, ligotant ses envies, ses fantasmes. Ces mots comme deux pieds gauches qui se marchent dessus et empêchent d’avancer. Cette ceinture de chasteté brandie abruptement, brutalement comme un avertissement, une accusation avant même que rien ne soit commencé, esquissé. Alors que nous ne sommes encore « rien » l’un pour l’autre comme il me l’a dit (et qui m’a fait mal car pour moi il est déjà « quelque chose », l’acte physique ne déterminant pas l’intérêt ou la place qu’une personne peut représenter à mes yeux).
Ces mots, ces phrases pourquoi les ai-je prononcés ? Parce que je voulais être sincère pour une fois, tenter d’expliquer avant que le grand malentendu habituel ne surgisse, prévenir plutôt que guérir... Mais dans ce souci de vérité, j’avais juste oublié l’importance de laisser l’Autre rêver…
Alors il est resté malgré tout drôle et courtois, prévenant et aimable. Attentionné. Précautionneux même avec moi comme s’il cherchait à me préserver.
Mais déjà se glissaient par interstices, le recul, le retrait, l’éloignement.
Et puis ensuite le silence, silence que j’ai d’abord cru définitif mais qui finalement s’est avéré plus proche de l’indécision. Je pense qu’il est indécis à mon égard. Il y a ce « quelque chose » qui l’arrête, le retient dans son élan initial. L'importance cruciale de la chair et des orifices par delà tout le reste.
Il ne me le dit pas même si des allusions ont fusé. Je n’en parle pas. C’est entre nous. Sa réticence. Mon inaptitude physique. Après tout, pourquoi se déplacerait-il, pourquoi annulerait-il "un apéro entre amis" pour moi ? Pourquoi devrais-je être plus importante que toute cette vie débordante et riante qui lui tend les bras chaque soir lorsqu’il sort de son alvéole climatisée ?
Je continue de caresser son esprit à distance, de messages, d’invitations doucereuses, de suppliques pour un peu d’affection, d’attention. Mes mots, mon cœur tout ce que je peux lui offrir et tout ce qui ne suffit pas. Il y répond avec politesse. Il entretient de petites conversations anodines, vient à ma rencontre en m'évitant. Il me promet, propose parfois des rendez-vous impossibles ou qu'il annule le jour J. Il dit toujours « oui ». Comme le Chat de Chester : le matou mystérieux et mielleux d’Alice au pays des merveilles dont la silhouette s’efface imperceptiblement tandis que son sourire continue de briller dans le vide. Dématérialisation qui m'attriste mais reste moins brutale et moins douloureuse que celle des hommes sable.
Depuis trois mois que ce chassé-croisé dure, je ne l’ai toujours pas revu…
